Un million de sage-femmes supplémentaire! Compte rendu du conseil triennal de l’ICM 2026

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Un million de sage-femmes supplémentaire! Compte rendu du conseil triennal de l’ICM 2026
08.09.2026
Sources des images: ICM

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Camille Scheidegger,
étudiante sage-femme, Haute Ecole de santé de Genève.

Un million de sage-femmes supplémentaire!: c’est la demande centrale du 34e congrès de l’International Confederation of Midwives (ICM) qui a eu lieu à Lisbonne en juin dernier. Cet évènement international pour la profession de sage-femme a rassemblé cette année plus de 3000 participant·e·s du monde entier. Quelques jours avant le congrès, les membres de l’ICM se sont retrouvé·e·s dans la capitale portugaise pour le conseil triennal de l’organisation. Compte rendu par Camille Scheidegger, étudiante sage-femme.

111 associations membres, dont la Fédération Suisse des Sages-Femmes (FSSF), se sont réunies lors de ce conseil triennal pour souligner les enjeux de santé propres à chaque région du monde. En effet, chaque pays rencontre des défis sensiblement différents concernant la profession en raison de la diversité de la population rencontrée, des politiques de santé régulant le rôle de la sage-femme et de l’environnement régissant l’accès aux soins. Par exemple, en Asie du Sud-Est, les investissements dans la formation de sages-femmes sont limités, freinant le développement de la main-d’œuvre.

Sages-femmes manifestant lors de la marche pour les sages-femmes suite au conseil

Pénuries et départs anticipés

Le manque de sages-femmes qualifiées se retrouve également en Europe. En revanche, c’est le départ anticipé de la profession qui en est la cause principale. Cette pénurie exerce une forte pression sur les sages-femmes demeurant dans la pratique, exacerbant les défis du métier, tout en mettant en danger la santé des femmes et des nouveau-nés pris en soin. De complexes décisions politiques et législatives sont à l’origine de cette problématique, notamment en cause d’un manque de reconnaissance du métier pour ses compétences spécifiques et les bénéfices de son accompagnement chez les femmes et les familles.

Dans la perspective d’un plaidoyer de la profession et des enjeux de santé maternels et néonatals, une meilleure collaboration des associations de sages-femmes en Europe est nécessaire et constitue une ressource à développer.

Décisions et débats

Par ailleurs, les principaux thèmes abordés lors du conseil portaient sur les enjeux spécifiques au métier de sage-femme, la votation du lieu du congrès de l’ICM 2032 (Auckland en Nouvelle Zélande et Kigali (Ruanda)au Rwanda sont les deux destinations finales, l’ICM devra étudier leur accessibilité pour les membres avant de prendre une décision), et la votation d’exclusion d’associations membres pour non-paiement des frais. De manière transversale, ce conseil est également un lieu de débat, de partage d’idées ainsi que de transmissions entre les associations membres et le conseil.

Sages-femmes indigènes

A titre d’exemple de débat, l’ICM a retiré de textes constitutifs la reconnaissance d’expertise pour les sages-femmes indigènes, c’est-à-dire pratiquant de manière autonome à l’ICM. Cet élément a été relevé par une ambassadrice et sage-femme indigène lors d’un temps de questions. Celle-ci a partagé son inquiétude vis-à-vis du positionnement de l’ICM sur les enjeux néocoloniaux et l’assimilation culturelle au travers de la profession – alors que les sages-femmes indigènes sont des actrices clés au sein de leurs communautés souvent discriminées et réprimées par le colonialisme. Ainsi, elles protègent les familles en tant que membres structurels des communautés. Elles favorisent la perpétuation d’une culture, l’utilisation de langue maternelle et d’une identité pour l’ensemble de la communauté.

Sage-femme indigène lors d’une séance plénière du congrès.

Cet exemple met en lumière le pouvoir accrédité à l’ICM en regard de sa réputation internationale. Celle-ci agit comme levier bénéfique sur des enjeux importants pour la santé des femmes tout comme elle peut mettre en péril des systèmes communautaires déjà présents et fonctionnels sous couvert d’une pratique «plus sécuritaire». Pourtant, la pratique menée par des sage-femmes indigènes permet un meilleur accès au soin pour les communautés habitant à plusieurs heures de lieux de soins, tout en favorisant des soins personnalisés, centrée sur la personne et respectant la physiologie. Au fait, ces éléments ne rappellent-ils pas les missions de l’ICM.

Certaines régions du monde sont dépourvues d’associations de sage-femmes, questionnant l’accès aux soins de gynécologie et d’obstétrique de ces populations.

Organes de démocratie

Chaque sage-femme connaît l’ICM pour ses recommandations et ses engagements afin de guider et promouvoir la profession. Lors du conseil, l’institution est devenue plus proche et familière, car il est l’occasion de mettre des visages sur le noms des membres du conseil d’administration, l’organe à la tête de L’ICM. Celui-ci est composé de 8 membres, toutes étant des sage-femmes sauf le trésorier.  La structure se compose d’une présidente (Alison Eddy a été élue pour le triennat 2027-29), et 6 membres représentants les 6 régions du monde, définies par l’OMS. 

Le rôle de chaque représentante est de coordonner et répondre aux besoins des associations membre de chaque région. Il est intéressant de noter que certaines régions du monde sont dépourvues d’associations de sage-femmes, questionnant l’accès aux soins de gynécologie et d’obstétrique de ces populations. Cependant, la région d’Afrique a su mettre en place des ordres nationaux de sages-femmes sur les trois dernières années en République démocratique de Congo, au Burundi et au Tchad.

Expérience étudiante

Un grand merci à la Fédération Suisse des Sage-Femmes (FSSF) qui a permis à deux étudiantes de se rendre sur place pour ce conseil; Natalia Zapiórkowska-Blumer, étudiante à la Zürcher Hochschule für Angewandte Wissenschaften et moi-même, étudiante à la Haute Ecole de santé de Genève. Nous avons été inspirées, questionnées et émues durant l’entièreté du conseil sous notre rôle d’observatrice. En tant qu’étudiantes, nous nous sommes confrontées tôt aux enjeux internationaux de la profession et nous réalisons que notre message n’a pas de frontières.

Prochaine édition: Abu Dhabi en 2029.

Retrouver le compte rendu de Natalia Zapiórkowska-Blumer en allemand ici (cliquer)

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