Suivi de grossesse: que veulent vraiment dire les chiffres?

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Suivi de grossesse: que veulent vraiment dire les chiffres?
29.05.2026
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Anne Steiner,
sage-femme, dirige la qualité et l’innovation au sein de la Fédération suisse des sages-femmes.

Lorsqu’on est enceinte, on est soudainement confrontée à des chiffres. Tension artérielle, courbes de croissance, probabilités, mesures et données sur les risques font soudainement partie du quotidien − et cela peut être très déstabilisant. Pourtant, en médecine, les statistiques sont censées aider à mieux évaluer les situations et à prendre des décisions. Comment y parvenir sans prendre peur?

Les chiffres font partie intégrante de l’obstétrique et constituent un élément important de l’information médicale. Cependant, ce n’est qu’à travers le langage, le contexte et une relation de confiance qu’ils deviennent compréhensibles.

Bon ou mauvais, rare ou fréquent: de quelle oreille dois-je entendre?

Quand des phrases comme «Le risque est faible», «Cela arrive rarement» ou «En général, tout va bien» sont utilisées dans l’information médicale, elles restent, même si elles partent d’une bonne intention, imprécises et difficiles à saisir pour les patient∙e∙s. Des termes comme «rarement» ou «souvent» sont interprétés différemment selon les personnes: pour certain∙e∙s, «rarement» signifie «presque jamais», pour d’autres, cela donne l’impression que cela pourrait arriver à tout moment. Il est prouvé par certaines études que ces notions de risque imprécises sont interprétées de différentes manières selon les personnes, ce qui amène de nombreux parents à se sentir plus déstabilisés qu’informés pendant la grossesse. Seuls des chiffres concrets et une mise en perspective permettent de comprendre ce que l’on entend réellement et comment un risque doit être appréhendé dans son contexte global.

Les chiffres ne disent pas tout

Du point de vue des parents, il est particulièrement important de savoir que les chiffres médicaux ne constituent pas des prédictions pour leur propre grossesse ou accouchement. Ils décrivent des expériences observées au sein de grands groupes et ne disent rien sur ce qui se passera dans un cas concret. Ces chiffres ne signifient pas: «Cela pourrait nous arriver», mais plutôt: «Cela arrive très rarement dans l’ensemble». Pour la grande majorité des familles, les grossesses se déroulent bien et les enfants naissent en bonne santé.

Au lieu de parler d’une «réduction du risque de 50 %», il est plus utile d’expliquer qu’un risque passe, par exemple, d’environ 4 naissances sur 1 000 à 2 naissances sur 1 000.

Bien interpréter les pourcentages

Pour les futurs parents, des pourcentages relatifs tels que «Cette mesure réduit le risque de moitié» ou «Sans déclenchement, le risque que votre enfant décède double» ont un impact particulièrement fort. Cependant, de telles affirmations ne disent pas grand-chose sur l’ampleur réelle du risque. Et en obstétrique, il s’agit le plus souvent de chiffres très faibles. Une description en termes absolus, avec des fréquences concrètes, est donc plus compréhensible. Au lieu de parler d’une «réduction du risque de 50 %», il est plus utile d’expliquer qu’un risque passe, par exemple, d’environ 4 naissances sur 1 000 à 2 naissances sur 1 000. Ce n’est qu’avec ce type de mise en perspective que l’on comprend clairement à quel point un événement est rare (ou fréquent) et que les parents peuvent évaluer de manière réaliste, sans crainte inutile, l’utilité et la portée d’une mesure.

En pratique: les chiffres, des guides à la prise de décision

Certaines situations peuvent particulièrement déstabiliser les parents pendant la grossesse. Par exemple, lorsque la date prévue de l’accouchement est dépassée ou lorsque les examens révèlent un élément qui pourrait avoir une importance médicale. Une bonne information se caractérise alors par le fait qu’elle explique clairement ce qui se cache derrière, quelle est l’ampleur réelle du risque et quelles sont les options possibles.

Exemple: lorsque le bébé se fait attendre

De nombreux parents vivent cette situation: la date prévue de l’accouchement arrive, et le bébé reste encore bien au chaud dans le ventre de sa mère. Tout d’abord, il est important de savoir qu’un accouchement après la date prévue est fréquent. En Suisse, cela concerne environ 40 grossesses sur 100. Le simple fait de dépasser la date prévue n’est donc pas en soi un signe de maladie.

A mesure que la grossesse se prolonge, le placenta, qui alimente le bébé, peut voir ses capacités diminuer avec le temps. Cela ne concerne qu’une petite partie des grossesses, mais peut avoir des conséquences graves. Une information claire sur le processus naturel de vieillissement du placenta met précisément cela en évidence, en expliquant les chiffres de manière progressive et facilement comparable.

  • Vers la 37e semaine de grossesse (36 0/7 – 36 6/7 semaines), environ 1 enfant sur 1 000 est concerné par une mort fœtale;
  • aux alentours de la date prévue (40 0/7), ce chiffre s’élève à environ 1,5 enfant sur 1 000;
  • après la 42e semaine de grossesse (à partir de 41 6/7 semaines), environ 2 enfants sur 1 000;
  • Après la 43e semaine de grossesse (à partir de 42 semaines et 6 jours), le risque augmente jusqu’à 11,5 enfants sur 1 000.

Ces chiffres concernant la mortalité infantile montrent deux choses: le risque augmente lentement avec la durée de la grossesse et, dans l’ensemble, le risque est très faible.

Une bonne information ne se contente donc pas d’évoquer les risques, mais les replace dans leur contexte: la majorité des bébés naissent en bonne santé, même après le terme. Les contrôles (CTG, échographie, évaluation du liquide amniotique) servent à détecter précocement les signes d’un vieillissement du placenta. Un déclenchement de l’accouchement peut réduire encore davantage le risque, mais il s’agit d’une recommandation, pas d’une obligation. De plus, un déclenchement ne garantit pas un accouchement sans complications. Les parents comprennent ainsi pourquoi un déclenchement est proposé, sans avoir le sentiment de devoir prendre la «bonne» décision.

Exemple: lorsque la mère est porteuse du streptocoque B

Le diagnostic de streptocoques du groupe B peut, dans un premier temps, sembler inquiétant pour les parents. Les streptocoques sont des bactéries présentes naturellement dans la région vaginale chez de nombreuses femmes et qui sont généralement inoffensives pour la femme enceinte elle-même. Chez les nouveau-nés, ils peuvent toutefois, dans de rares cas, entraîner des infections graves.

Une information correcte commence par une mise au point:

  • Toutes les femmes ne sont pas porteuses de streptocoques B;
  • Tous les enfants d’une mère concernée ne tombent pas malades;
  • Et même sans traitement, une infection survient rarement.
  • Sans antibiotiques pendant l’accouchement, environ 6 nouveau-nés sur 1 000 contractent une infection à streptocoque B.
  • Si la mère reçoit des antibiotiques au moins quatre heures avant l’accouchement, ce risque tombe à environ 0,2 enfant sur 1 000.

Ce n’est qu’en comparant ces chiffres qu’il apparaît clairement que le risque global est faible et que la mesure préventive, c’est-à-dire l’administration d’antibiotiques avant l’accouchement, réduit encore considérablement ce risque. Même les informations sensibles ne sont pas passées sous silence lorsqu’elles sont bien expliquées, mais présentées avec tact. On explique ainsi que parmi les rares enfants qui tombent malades, certains développent une forme grave de la maladie. Dans le même temps, il est démontré que l’administration d’antibiotiques pendant l’accouchement permet de réduire considérablement le risque de décès chez les enfants atteints. Les parents peuvent ainsi comprendre pourquoi un frottis est recommandé et pourquoi un traitement préventif aux antibiotiques pendant l’accouchement peut être indiqué.

Que peuvent apporter les chiffres dans le cadre d’une bonne information? 

Les deux situations ci-dessus illustrent ce qu’implique une bonne information:

  • Les chiffres sont présentés de manière concrète, comparable et rapportés à 1 000 enfants;
  • Les risques ne sont ni dramatisés, ni minimisés;
  • Les parents conservent leur liberté de décision;
  • Les recommandations sont justifiées – et non imposées.

C’est ainsi que naît la confiance. Les chiffres peuvent expliquer des liens, mais ils ne remplacent pas le dialogue. L’incertitude fait tout naturellement partie de la grossesse et de l’accouchement. De même, il faut toujours laisser la place aux questions. Une bonne information repose sur une compréhension commune. Les chiffres peuvent y contribuer, car ce sont des outils d’orientation, et non des jugements sur une grossesse ou une famille en particulier. Des questions telles que «C’est vraiment rare?», «Qu’est-ce que cela signifie concrètement pour nous?» ou «Qu’est-ce qu’on remarquerait si quelque chose changeait?» aident de nombreux parents à mieux situer les informations et à gagner en assurance dans leur propre processus de décision.

Information pour les parents: poser les bonnes questions

Les chiffres médicaux doivent être expliqués. Ces questions aident à bien situer les propos des professionnels et à réduire l’incertitude:

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