Prévention: résilience et supervision dans le cadre du travail des sages-femmes

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Prévention: résilience et supervision dans le cadre du travail des sages-femmes
21.01.2026
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Kathrin Degen,
Dre phil., psychothérapeute et superviseuse reconnue au niveau fédéral. Directrice thérapeutique de Gynäkopsychiatrie Thurgau, Kreuzlingen. Domaines d'expertise: psychothérapie périnatale et santé mentale des femmes.

Le travail des sages-femmes est enrichissant, mais il est également exigeant sur le plan psychologique. Le stress chronique, la proximité émotionnelle et les contraintes structurelles peuvent mener à l’épuisement. La résilience et une supervision régulière ont un effet préventif: elles favorisent l’efficacité personnelle, la régulation des émotions et la cohésion d’équipe. Ce sont là des facteurs décisifs pour maintenir les sages-femmes dans leur profession à long terme.

Le métier de sage-femme allie responsabilité professionnelle, présence émotionnelle et contraintes de temps importantes. De nombreuses sages-femmes font état d’épuisement, de frustration ou du sentiment de ne pas pouvoir travailler comme elles le souhaiteraient. Outre les obstacles organisationnels tels que le travail posté, le manque de personnel et la pression économique, ce sont surtout les exigences émotionnelles qui pèsent: assister à des accouchements difficiles, accompagner la souffrance et devoir rester empathique et professionnel·le à la fois.

Sur le plan psychologique, ces contraintes peuvent être classées en trois domaines principaux, tels qu’ils sont également décrits dans la recherche sur les professions de santé:

  • le stress chronique au travail, avec un risque de burnout (Suleiman-Martos et al., 2020);
  • le traumatisme secondaire dû à l’implication émotionnelle dans les expériences des autres;
  • les contraintes morales qui surviennent lorsque les valeurs personnelles ne peuvent être mises en pratique dans la vie professionnelle quotidienne (Kendall-Tackett et al., 2022).

Lorsque ces contraintes persistent pendant une longue période et qu’il n’y a pas suffisamment de possibilités de récupération ou de réflexion, cela peut entraîner un état d’épuisement chronique appelé burn-out. Du point de vue de la psychologie du travail, le burn-out n’est pas considéré comme une faiblesse individuelle, mais comme une réaction à des conditions de travail durablement excessives qui provoquent un déséquilibre entre les exigences extérieures et les ressources intérieures (Maslach & Leiter, 2016). La prévention ne doit donc pas seulement viser la résilience individuelle, mais aussi un meilleur équilibre entre les exigences, les ressources et les possibilités de réflexion.

La résilience comme facteur de protection psychologique

La résilience décrit la capacité à gérer le stress avec souplesse et à se remettre psychologiquement après une crise. Il ne s’agit pas d’un trait de personnalité inné, mais d’un processus dynamique qui peut être développé et encouragé de manière ciblée au fil du temps.

Selon les modèles théoriques actuels, la résilience est comprise comme l’interaction de facteurs individuels, sociaux et situationnels qui permettent de s’adapter avec succès à des circonstances stressantes (Vella & Pai, 2019). Les mécanismes psychologiques centraux sont la régulation émotionnelle, la réévaluation cognitive et le soutien social. La régulation émotionnelle désigne la capacité à percevoir ses propres sentiments et à les contrôler de manière à rester capable d’agir même dans des situations stressantes.

La réévaluation cognitive décrit le processus qui consiste à réinterpréter les expériences difficiles ou les revers et à leur donner une autre signification, par exemple en les considérant comme des moments d’apprentissage plutôt que comme des échecs personnels. Ces processus favorisent la capacité à classer les stress et à rester stable intérieurement. Il a été démontré que les programmes qui ciblent spécifiquement ces mécanismes augmentent la résilience psychologique et sont associés à une réduction du stress et du burnout (Liu et al., 2025; Anger et al., 2024).

Pour les professionnel·le·s de la santé, l’autocompassion revêt également une importance particulière. Elle décrit une attitude attentive et bienveillante envers soi-même et agit comme un facteur de protection contre le stress professionnel, l’épuisement compassionnel et le burnout (Crego et al., 2022).

Effet préventif de la supervision

La supervision offre un cadre structuré et protégé pour réfléchir à ses expériences professionnelles et les assimiler sur le plan émotionnel. Dans le travail des sages-femmes, elle permet de mettre des mots sur les incertitudes, les contraintes et les situations difficiles. L’objectif n’est pas tant de résoudre immédiatement les problèmes que de comprendre et d’intégrer ce qui a été vécu. Cette forme de réflexion a un effet stabilisateur sur le plan psychologique et prévient le surmenage à long terme.

D’un point de vue psychologique, la supervision favorise les processus métacognitifs: les expériences stressantes sont identifiées, ce qui permet de prendre du recul émotionnel et d’adopter de nouvelles perspectives. Elle permet un soulagement émotionnel grâce au partage d’expériences, renforce l’efficacité personnelle en mettant en évidence les marges de manœuvre et favorise la cohésion d’’équipe et le soutien social grâce à une réflexion commune régulière – des facteurs de protection essentiels contre le stress et le burn-out.

Des résultats empiriques confirment ces effets: une étude systématique montre que la supervision clinique est associée à une diminution des symptômes d’épuisement professionnel et à une plus grande satisfaction au travail (Martin et al., 2021). Les premiers résultats d’une étude récente indiquent que la supervision continue en groupe peut contribuer à réduire l’épuisement et le stress professionnel chez les sages-femmes (Catling & Kasaye, 2025).

La qualité est ici déterminante. La supervision n’est efficace que si elle est régulière, exempte de jugement et menée par des professionnel·le·s. Si elle devient une obligation ou si elle est mise en œuvre sans approche psychologique, elle perd son caractère préventif.

Traumatisme secondaire et charge morale

Le fait d’assister à des accouchements difficiles ou traumatisants peut entraîner un stress traumatique secondaire chez les sages-femmes. Il s’agit d’une forme de traumatisme indirect qui survient lorsque des professionnel·le·s vivent émotionnellement les expériences d’autrui (Kendall-Tackett et al., 2022). Les symptômes typiques sont des souvenirs intrusifs, des troubles du sommeil, un épuisement émotionnel ou un retrait du travail. Ces réactions sont compréhensibles et montrent que l’empathie dans les professions d’aide n’est pas seulement une ressource, mais aussi une source de vulnérabilité.

Les contraintes morales peuvent également avoir des répercussions psychologiques, par exemple lorsque des professionnel·le·s constatent que, malgré leurs meilleures intentions, ils ou elles ne peuvent pas agir conformément à leurs convictions éthiques. De telles situations peuvent susciter des sentiments de culpabilité, de honte ou de violation morale et conduire à long terme à un repli sur soi ou à du cynisme.

La supervision offre ici un espace de protection essentiel. Elle aide à faire la distinction entre responsabilité personnelle et limites structurelles et à relativiser les sentiments de culpabilité. En réfléchissant ensemble aux expériences traumatisantes, la supervision favorise une attitude sensible au traumatisme, dans laquelle les émotions peuvent être perçues et classées sans surcharger l’autre ou soi-même. Elle contribue ainsi de manière significative à prévenir les traumatismes secondaires, l’épuisement compassionnel et les blessures morales.

La prévention, une mission commune

La promotion de la résilience et la supervision ne sont pas contradictoires, mais complémentaires. La résilience renforce la capacité individuelle d’autorégulation, tandis que la supervision crée les conditions nécessaires pour que ces capacités soient préservées à long terme.

Des stratégies individuelles telles que de courts exercices de pleine conscience, l’autoréflexion après des événements stressants ou des discussions entre collègues peuvent aider à réguler les tensions. Cependant, une prévention durable nécessite également un soutien structurel. Cela comprend des offres de supervision fixes, des ressources en temps suffisantes et une culture de communication et d’erreurs ouverte. Les dirigeant·e·s ont la responsabilité centrale de donner la priorité à la santé mentale et de montrer l’exemple.

Lorsque la résilience et la supervision sont systématiquement encouragées, il en résulte une culture professionnelle dans laquelle les contraintes ne sont pas refoulées, mais réfléchies. C’est la base pour maintenir les sages-femmes dans leur profession: non pas en augmentant leur résistance, mais en renforçant leur attention psychologique et leur sens commun des responsabilités.

Références

 

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