Les sages-femmes sont en première ligne face aux violences entre partenaires intimes, notamment sexuelles. L’exploration de cette thématique avec les patientes nécessite de connaître les différentes formes de violence, leurs mécanismes et leurs impacts, en particulier les violences psychologiques à connotation sexiste et sexuelle, fréquentes dans la vie conjugale. Le soutien médico-psycho-social vise également à permettre aux victimes de se protéger et de protéger leurs enfants. La prévention contribue à réduire les vulnérabilités et à favoriser un consentement sexuel libre et éclairé.
Les violences entre partenaires intimes sont fréquentes et ont un impact majeur sur la santé globale et la qualité de vie des personnes victimes, pouvant amener jusqu’au féminicide ou suicide forcé. Parmi ces violences, les violences psychologiques sont les plus fréquentes, jusqu’à 2 femmes sur 5 en seraient victimes, mais aussi les plus compliquées à définir et saisir et paradoxalement les moins connues des professionnel·le·s de la santé, du social et du judiciaire. Elles sont sous-estimées et approchées de manière superficielle et réduite, considérées comme moins graves que les autres types de violence et moins importantes à investiguer car non ou peu sanctionnées, et plus acceptées dans une société où elles sont partout (Sanchez et al., 2021).
Périnatalité et violences
Une femme sur 10 déclarerait subir des violences conjugales pendant la grossesse et pour 40 % d’entre elles les violences physiques commenceraient au cours de la première grossesse, le plus souvent dans un contexte où il y avait déjà des violences psychologiques. La grossesse, comme d’ailleurs le nombre d’enfants, est clairement référencée par l’Organisation mondiale de la Santé comme un facteur de risque de violences subies. Les impacts multiples sur la santé maternelle, la grossesse, l’enfant à venir et les enfants ont été largement étudiés (Agarwal et al., 2023). Les sage-femmes sont en première position pour récolter des allégations de violences sexuelles et psychologiques de leurs patientes, en période prénatale, périnatale ou postnatale (Escard & von Arx, 2020). Les consultations dédiées en santé sexuelle et de planning familial sont également un lieu propice pour la détection de celles-ci.
Formation nécessaire
Les formations pour les professionnel·le·s de la santé sont beaucoup centrées sur la prise en charge des agressions sexuelles dans le cadre des constats médico-légaux. Par contre, des lacunes existent dans l’investigation du contexte général des violences sexuelles et notamment des violences psychologiques à connotation sexuelle dans un contexte conjugal, dont certaines peuvent altérer le consentement libre des partenaires. Pouvoir les repérer, définir le processus et les circonstances entourant les agressions sexuelles est capital, notamment s’il faut en témoigner dans le cadre d’une procédure judiciaire. Il faut aussi pouvoir expliquer certains comportements des victimes pouvant paraître étonnants ou paradoxaux, comme le fait de ne pas pouvoir s’extraire de son agresseur (p. ex. si sidération) ou de rester dans une relation délétère (p. ex. si emprise), ou d’avoir une amnésie partielle des faits qui se répètent (Chiffi De Los Rios et al., 2015).
Description des violences psychologiques à connotation sexuelle
Les violences psychologiques en contexte conjugal sont un comportement intentionnel et répétitif qui s’exprime à travers différents canaux de communication (verbal, gestuel, regard, posture, etc.), de façon active ou passive, directe ou indirecte, dans le but explicite d’atteindre (ou de risquer d’atteindre) l’autre personne et de la blesser sur le plan émotionnel (Lindsay & Clément, 1998). Cela peut aller jusqu’à la coercition sexuelle, mécanisme utilisant la contrainte qui peut se faire via des moyens psychologiques, verbaux ou non verbaux, s’exprimer de façon explicite ou implicite et revêtir un caractère plus insidieux afin d’obtenir un acte sexuel malgré l’absence de consentement libre et éclairé, ou l’expression manifeste d’un refus (Benbouriche & Parent, 2018).
Dans le cadre de nos activités de recherche et cliniques, nous avons établi dès 2023 sur notre blog un glossaire des violences psychologiques conjugales avec actuellement plus de 670 termes et 15 typologies pour les définir (Escard & Héritier, 2023). Parmi les typologies, nous avons retenu les violences psychologiques à connotation sexuelle qui sont une forme de violences sexistes et sexuelles, portant atteinte entre autres à la santé sexuelle et génésique des victimes impactées.

Les violences psychologiques en contexte conjugal sont un comportement intentionnel et répétitif qui s’exprime à travers différents canaux de communication (…), dans le but explicite d’atteindre (ou de risquer d’atteindre) l’autre personne et de la blesser sur le plan émotionnel.
Nous avons essayé de recenser les modalités des violences verbales et psychologiques autour des conduites sexuelles, qu’il s’agisse d’attouchements ou de rapports avec pénétration ou d’autres activités sexuelles plus ou moins imposées (p. ex. vision de sites pornographiques, activités à plusieurs, échangisme, sado-masochisme, sextapes, prostitution forcée…). Le tableau 1 résume des exemples issus de notre pratique clinique.
Tableau 1: Exemples de violences psychologiques à connotation sexuelle
| Types de violences psychologiques à connotation sexuelle | Exemples |
| Ordres | «Tu ne discutes pas, tu n’as pas le choix» |
| Insultes | «salope», «sac à foutre», traiter l’autre de travailleur·se du sexe ou d’acteur·ice pornographique, «frigide» |
| Culpabilisation et mise en compétition | «Tu ne veux pas me faire du bien, me calmer», «Les autres le font (concernant certaines pratiques, p. ex. relations sexuelles anales ou relations avec d’autres personnes) |
| Manipulation, abus de confiance | Offrir un massage puis revendiquer «son dû» |
| Dévalorisation, dénigrement, attaques sexistes | «Vous êtes tou·te·s des nymphomanes, simulateur·rice·s»; dénigrement sur le physique ou comportement: «Je ne baise pas avec un cadavre, une planche à repasser», «Tu n’es pas bandante» |
| Chantage, menaces, punitions | Relations extra-conjugales en culpabilisant l’autre, menaces de diffuser des photos/vidéos de la personne nu·e à sa famille, Ne pas être gentil·le avec les enfants voire de s’en prendre à elles/eux, ne pas leur donner d’argent / offrir de cadeaux |
| Harcèlement sur le passé sexuel avec jalousie excessive | Questionner sur le type de rapports avec description précise, nombre de partenaires, fréquence des rapports |
| Pressions psychologiques | Se plier à tous ses désirs, usure pour avoir gain de cause |
| Réactions de colère, d’emportement | Dès que le sujet d’un éventuel refus sexuel est abordé |
| Contrôle | Des pensées «à qui tu penses?», des vêtements, sacs, lits et draps |
| Calomnie, diffamation | Dénoncer son absence de libido, son impuissance, ses préférences sexuelles |
| Fausses accusations et exagérations | «Tu n’as pas envie car tu me trompes», «Tu es frigide car tu as un sextoy», «Tu as été baisée par 150 hommes au moins, pourquoi pas moi?» |
| Conduites de retrait, de délaissement | Faire monter le désir, l’excitation sexuelle de l’autre puis dire avoir du travail, ignorer totalement la sexualité de l’autre: «C’est ton problème» |
| Boycott | «Grève du sexe» en représailles ou punition |
| Récompense, avec conditionnement, infantilisation | Faire le ménage contre des relations sexuelles |
| Surprise | Guet-apens, ruse pour arriver à ses fins (faire boire de l’alcool en excès en vue d’un rapport, soumission chimique) |
| Désinformation, avec négation de la réalité, «gaslighting» | Persuader que l’acte sexuel non-consenti n’est pas un viol |
| Déshumanisation, domination | Utiliser l’autre comme un objet sexuel, un être inférieur, en disant que la victime doit être reconnaissante car personne ne veut d’elle, en appuyant sur ses vulnérabilités (p. ex. obésité) |
| Corruption | Complicité à des actes d’inceste, de pédophilie, implication dans de la prostitution ou du trafic de produits (chemsex) |
Des moyens et stratégies spécifiques peuvent être utilisés par les auteur·rice·s. Nous pouvons citer les cyberviolences à visée sexuelle, comme:
- le cybercontrôle, p. ex. interdiction de communiquer avec certaines personnes par jalousie sexuelle;
- le cyberharcèlement, la cybersurveillance, p. ex. contrôle des déplacements et relations sociales, mise en place de caméras; enregistrer, photographier, filmer à l’insu de l’autre (pendant le sommeil, dans la douche…), le revenge porn;
- les cyberviolences économiques, p. ex. ne pas donner d’argent ou empêcher de travailler pour éviter les rencontres;
- les cyberviolences via les enfants après séparation, p. ex. pour obtenir des informations s’il y a un nouveau ou une nouvelle partenaire, demande de la·le prendre en photo, d’enregistrement des ébats.
L’investigation de ces violences psychologiques à connotation sexuelle doit tenir aussi compte de spécificités en fonction de caractéristiques des victimes (cf tableau 2).
Tableau 2: Spécificités en fonction des populations exposées aux violences
| Population à risque | Spécificités |
| Adolescent·e·s et jeunes adultes | Fréquence et valeur des insultes, rôle de la jalousie comme preuve d’amour via les réseaux sociaux («romantic love»), implications de l’alcool et des autres toxiques, normalisation des sextapes, «loverboy» et incitation à la prostitution, manque de repères relationnels et modèles positifs, compréhension limitée du consentement |
| Femmes enceintes et post-partum | Plus de violences psychologiques car importance de ne pas laisser de marques en cette période «surveillée», attaques (dénigrements, humiliations, mépris) sur le physique et l’humeur ou les capacités maternelles, menaces d’aller voir ailleurs |
| Personnes en situation de handicap | Dénigrement, stigmatisation, capacitisme, validisme |
| Personnes ayant des troubles psychiques et conduites addictives | Désinhibition au niveau sexuel, ambivalence et/ou dépendance relationnelle, distorsions cognitives |
| Personnes issues de la diversité sexuelle et de genre (LGBTIQA+) | Menaces d’outing forcé, stigmatisation, compétition, humiliation sur l’identité de genre, menace d’avoir une relation avec une personne hétéro, homophobie ou transphobie intériorisée |
| Personnes âgées | Déni de l’absence de désir et des changements physiques de l’autre, troubles cognitifs qui s’aggravent avec parfois le rôle des médicaments dans la désinhibition, la confusion |
| Personnes issues de la migration | Normes sociales et culturelles pouvant normaliser les violences entre partenaires intimes à travers des justifications largement acceptées, mariages forcés, examens génitaux forcés et mutilations, interruption de grossesse empêchée ou forcée |
| Couples d’origine mixte | Troubles de communication, chantage économique et/ou administratif (permis de séjour), désinformation (p. ex. fausses informations sur le permis de séjour, le regroupement familial), racisme, menace de «jeter» l’autre pour lui faire perdre le permis et impliquer un renvoi |
| Couples séparés ou en voie de séparation | Chantage à l’argent si refus de rapports, fausse accusation d’agression sexuelle, rapports sexuels «d’au revoir» pour bien finir, dénigrement des nouveaux partenaires, souhaiter des violences sexuelles à l’autre par la suite |
Consentement et éthique sexuelle: «céder n’est pas consentir»
Les droits sexuels sont des droits humains liés à la sexualité. Ils émanent des droits à la liberté, l’égalité, au respect de la vie privée, à l’autonomie, l’intégrité et dignité de tout individu. Les Etats signataires de la Convention des Droits de l’Homme dont la Suisse ont donc l’obligation de respecter, protéger et garantir les droits sexuels de toutes et tous et de créer des environnements au sein desquels les individus peuvent réaliser pleinement leurs capacités à prendre des décisions autonomes pour leur propre vie et être respectés dans leurs choix.
Concept complexe
Le consentement constitue un concept complexe, structuré autour de plusieurs critères qui se sont progressivement imposés au fil du temps. Dans le droit médical, il repose sur les critères dits «libre et éclairé» (Académie Suisse des Sciences Médicales, 2025), qui définissent que la personne doit disposer d’une information suffisante et exprimer sa volonté sans contrainte extérieure. Parallèlement, les mouvements et luttes féministes de la «seconde vague» se sont saisis de la notion de consentement pour mettre en lumière certains manquements au sein du domaine dit «privé» (Bard, 2012; Quéré, 2016). Au sein de ces espaces politisés, la définition du consentement s’est enrichie en y ajoutant d’autres dimensions, telles que le caractère explicite, révocable, spécifique ou encore enthousiaste du consentement, déplaçant ainsi le regard porté sur l’accord d’une personne d’une simple absence de refus vers une véritable manifestation positive de volonté, à tout moment de l’échange (Mackinnon Lacasa et al., 2024).
Le consentement s’inscrit dans des rapports de pouvoir, des contextes et dynamiques relationnels qui excèdent le cadre normatif et invitent à une analyse plus fine des conditions concrètes dans lesquelles il s’exerce.
Zones grises
Ces différents critères, s’ils permettent d’éclairer la notion de consentement, ne sauraient toutefois en épuiser sa complexité, que certain·e·s auteur·rice·s nomment les «zones grises» du consentement, à savoir «l’ensemble des contraintes sociales qui peuvent nous pousser à accepter, proposer des relations sexuelles sans pour autant les désirer» (Boucherie, 2019). Le consentement s’inscrit en effet dans des rapports de pouvoir, des contextes et dynamiques relationnels qui excèdent le cadre normatif proposé par ces critères et invitent à une analyse plus fine des conditions concrètes dans lesquelles il s’exerce.
C’est précisément cette complexité qu’illustre le décalage possible entre désir et consentement: un rapport sexuel peut être désiré mais refusé, ou à l’inverse non-désiré mais toléré ou accepté. Sur ce dernier point, des enquêtes sociologiques ont retrouvé jusqu’à 25 % de femmes hétérosexuelles concernées après deux ans d’union et 50 % après vingt ans (Enveff, 2003; Bermea et al., 2021). De nombreux rapports sexuels pourraient ainsi être acceptés dans des relations marquées par la peur des conséquences d’un refus, notamment dans un contexte de violences conjugales, ou plus simplement dans un contexte où les scripts sexuels hétéronormatifs vont constituer la «sexualité attendue» au sein d’un couple (Boucherie, 2019). Une des questions centrales est celle du consentement sexuel «réel» dans les relations conjugales violentes (Sanchez et al., 2021).
Consentement et relations conjugales violentes
Dans des relations d’emprise, la victime peut se soumettre à des rapports sexuels pour «éviter le pire» (Le Goff-Cubilier & Gammeter, 2022). Cela nous pousse à interroger en plus les mécanismes relationnels et psychiques par lesquels une personne en vient à «céder», «se soumettre» ou «se laisser faire».
Pour rendre compte de cette diversité de situations, certain·e·s auteur·rice·s proposent de penser les violences sexuelles au sein du couple selon un continuum de sévérité, structuré en cinq étapes (Basile, 1999).
- 1 – Le non désiré devient désiré: correspond à une pression exercée sur la personne jusqu’à ce qu’un rapport initialement non désiré finisse par être vécu, ou présenté, comme désiré;
- 2 – C’est mon devoir: renvoie à la notion de devoir conjugal encore présent dans de nombreux couples (qui n’existe pas dans le droit suisse), où la personne accepte le rapport sexuel non pas par désir mais par sentiment d’obligation envers son ou sa partenaire;
- 3 – C’est plus simple de ne pas se disputer: relève d’une résignation sexuelle, la personne cède non par peur des représailles mais pour éviter un conflit ou une tension relationnelle;
- 4 – Je ne sais pas ce qui pourrait arriver si non: correspond à une coercition sexuelle fondée sur une menace diffuse et un abus de vulnérabilité, où l’incertitude quant aux conséquences d’un refus suffit à contraindre l’accord;
- 5 – Je sais ce qui arrive si non: marque le degré le plus sévère du continuum: la personne anticipe, souvent sur la base d’une expérience antérieure, que des violences physiques sont très probables en cas de refus.
Les violences psychologiques à connotation sexuelle constituent justement ce contexte de pression mentale exercée sur les victimes dans les fins d’obtenir un rapport sexuel, et se trouvent bien illustrées au sein de ces 5 étapes allant de la pseudo-adhésion à la contrainte.
Dissociation traumatique
Dans les situations de violences sexuelles, une autre réalité clinique importante est celle de la dissociation traumatique: un mécanisme de défense qui peut se mettre en place lorsque la personne est confrontée à une menace perçue comme insurmontable et qu’aucune stratégie de fuite ou de protection n’est possible (Le Goff-Cubilier & Gammeter, 2022). Cette dissociation permet de réduire la souffrance immédiate, mais elle peut également entraîner des difficultés à réagir, à s’opposer ou à verbaliser un refus pendant l’agression.
Cela nous rappelle que les réactions des victimes face à une agression sexuelle ne correspondent pas toujours aux représentations attendues d’une opposition active et qu’elles ne peuvent, à elles seules, être interprétées comme le signe d’un consentement.
Les réactions des victimes face à une agression sexuelle ne correspondent pas toujours aux représentations attendues.
Ethique et liberté
D’autre part, il faut signaler que le consentement sexuel ne suffit pas pour rendre un acte éthique. L’éthique traite du respect de l’autre, du rejet de ce qui pourrait lui être intolérable, du refus de le traiter en objet. Nous n’avons par exemple pas le droit de perpétrer des lésions corporelles graves, des traitements cruels, inhumains et dégradants à notre partenaire même s’il nous le demande, et même si cela procure du plaisir.
Le consentement sexuel ne suffit pas pour rendre un acte éthique.
La notion de consentement comporte certes des ambiguïtés avec le risque de voir s’imposer une définition si exigeante qu’elle est impossible à satisfaire. Dans l’extrême, le consentement ne pourra jamais être total et éclairé, sans contrainte émotionnelle ni séduction, le contexte sexuel faisant une large place à l’imprévu dans l’action et à un état de conscience modifié dans le lâcher-prise réciproque (Leguil, 2021). Dans tous les cas, la liberté humaine n’a de sens et valeur que lorsqu’elle s’articule à la responsabilité et à la dignité. L’enjeu est de parvenir à penser des normes valables pour tous, en préservant une authentique «démocratie sexuelle» (Marzano, 2006).
Conclusion: des violences invisibles
Les violences verbales et psychologiques à connotation sexuelle sont fréquentes, mais demeurent souvent invisibles, banalisées et sous-déclarées. Elles constituent à la fois des violences sexuelles et des violences de genre, dont l’identification nécessite du temps ainsi qu’une approche qualitative. L’établissement d’un minimum d’alliance thérapeutique est également nécessaire pour pouvoir correctement les explorer, les décrire et les comprendre. En l’absence d’outil de dépistage simple, le repérage repose sur des signes d’alerte physiques, psychiques, relationnels ou sexuels.
Pour les victimes, ces violences s’accompagnent souvent d’un sentiment permanent d’insécurité et de peur, et d’atteinte à l’autonomie et à l’intimité. Ces violences peuvent aboutir à de graves conséquences (viol, exploitation sexuelle, violences physiques, féminicide ou suicide).
Les professionnel·le·s de santé jouent alors un rôle essentiel dans leur reconnaissance: en nommant les violences, en étant vigilant·e·s à l’escalade de celles-ci, en luttant contre les mécanismes de culpabilisation et de normalisation de la contrainte, et en se positionnant face à l’absence apparente d’un consentement libre et éclairé au niveau sexuel. Par ailleurs, leur pratique quotidienne peut constituer un modèle de respect du consentement, en veillant systématiquement à informer, solliciter l’accord et respecter les limites des patient·e·s. Enfin, ils et elles doivent participer à l’établissement des preuves pour les rendre visibles, mettre en œuvre des mesures de protection lorsque cela est nécessaire, et orienter les victimes (et si possible les auteur·rice·s) vers les ressources spécialisées.
Références
- Académie Suisse des Sciences Médicales, Fédération des médecins suisses (FMH) (2025) Consentement libre et éclairé. In: Guide pratique – Bases juridiques pour le quotidien du médecin. Berne: ASSM, FMH.
- Agarwal, S., Prasad, R., Mantri, S., Chandrakar, R., Gupta, S., Babhulkar, V., Srivastav, S., Jaiswal, A. & Wanjari, M.B. (2023) A comprehensive review of intimate partner violence during pregnancy and its adverse effects on maternal and fetal health. Cureus; 15(5), e39262. doi:10.7759/cureus.39262
- Bard, C. (2012) Le féminisme au-delà des idées reçues. Paris: Le Cavalier Bleu.
- Basile, K.C. (1999) Rape by acquiescence : the ways in which women “give in” to unwanted sex with their husbands. Violence Against Women; 5(9), 1036-1058. doi:10.1177/1077801299005009004
- Benbouriche, M. & Parent, G. (2018) La coercition sexuelle et les violences sexuelles dans la population générale : définition, données disponibles et implications. Sexologies; 27(2), 81-86. doi:10.1016/j.sexol.2018.02.002
- Bermea, M., Slakoff, D.C. & Goldberg, A.E. (2021) Intimate partner violence in the LGBTQ+ community : experiences, outcomes and implications for primary care. Prim Care Clin Off Pract; 48, 329-337.
- Boucherie, A. (2019) Du «vrai viol» aux «zones grises»: juger du (non)consentement dans la sexualité contemporaine française. Archives de philosophie du droit; 61, 375-386. doi:10.3917/apd.611.0386
- Chiffi De Los Rios, T., Regard, S. & Escard, E. (2015) Cinquante nuances de violences domestiques au féminin: l’heure de s’engager! Revue Médicale Suisse; 11, 1761-1765.
- Escard, E. & von Arx, F. (2020) Violences domestiques: un enjeu de santé mentale. Obstetrica; 1-2, 42-45.
- Escard, E. & Héritier, J. (2023) Psychological intimate partner violence: getting them out of invisibility with a glossary. L’Encéphale. doi:10.1016/j.encep.2023.11.001
- Jaspard, M. (dir) (2003) Les violences envers les femmes en France. Une enquête nationale. Paris: La Documentation française.
- Le Goff-Cubilier, V. & Gammeter, R. (2022) Relation d’emprise: la soumission n’est pas un consentement. Revue Médicale Suisse; 18, 1621-1625. doi : 10.53738/revmed.2022.18.793.1621
- Leguil, C. (2021) Céder n’est pas consentir. Une approche clinique et politique du consentement. Paris: PUF.
- Lindsay, J. & Clément, M. (1998) La violence psychologique: sa définition et sa représentation selon le sexe. Recherches Féministes; 11: 139-60,1998.
- Mackinnon Lacasa, L., Abdulcadir, J., Jacot-Guillarmod, M., Widder, O. & Dominice Dao, M. (2024) Appliquer le consentement, dans les soins et au-delà. Revue Médicale Suisse. doi: 10.53738/revmed.2024.20.880.1238
- Marzano, M. (2006) Je consens, donc je suis… Ethique de l’autonomie. Paris: PUF.
- Quéré, L. (2016) Luttes féministes autour du consentement: héritages et impensés des mobilisations contemporaines sur la gynécologie. Nouvelles Questions Féministes; 35(1), 32-47.
- Sanchez, M., Fouques, D. & Romo, L. (2021) Violences sexuelles entre partenaires intimes: caractéristiques et enjeux cliniques. Annales Médico-Psychologiques. doi:10.1016/j.amp.2021.12.005