Journal de bord d’un virage à 180 degrés. Episode 1: «Juste pour voir»

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Journal de bord d’un virage à 180 degrés. Episode 1: «Juste pour voir»
08.09.2026
Thèmes: Personnes
Sources des images: Jeanne Rey

Auteur·rice(s)

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Céline Audemard
sage-femme exerçant sous propre responsabilité professionnelle, conseillère rédactionnelle Obstetrica.

Céline Audemard est sage-femme et conseillère rédactionnelle pour Obstetrica. Dans un portrait publié il y a quelques mois sur obstetrica.ch, elle partageait, à l’aube de la cinquantaine, ses interrogations sur les modes de pratique de cette profession – entre fatigue, enjeux financiers et perte de sens. Depuis, elle a décidé de quitter l’hôpital où elle travaillait en post-partum pour rejoindre une maison de naissance. Un virage à 180 degrés dans la vie d’une sage-femme, dont a accepté de partager le journal de bord ici.

J’abordais ma neuvième année au Centre Hospitalier Universitaire Vaudois (CHUV) déterminée à travailler la résilience sur mon lieu de travail. En effet, j’accumulais de nombreuses déceptions et désillusions dans mes recherches d’une nouvelle pratique au sein du CHUV, malgré des formations récentes en recherche clinique et accompagnement périnatal.

Recette: essayer de trouver un nouvel angle pour venir travailler: mélanger la souplesse cognitive pour intégrer les changements de protocoles, de procédures, de logiciels imposés par l’institution à la joie de vivre de finalement  retrouver l’essentiel: la satisfaction des couples et le regard attendrissant de tous ces nouveau-nés.

La recette a fonctionné! Au point de libérer une partie de charge mentale et émotionnelle, et me donner l’impulsion de mettre en action des projets mis en attente jusqu’alors. Parmi ces projets, aller à la rencontre des sages-femmes d’une maison de naissance et y faire un stage de deux jours. «Juste pour voir», avais-je dit.

Ne garder que le meilleur

Chose rapidement faite avec satisfaction et bon accueil à la maison de Naissance Le Petit Prince de Villars sur Glâne.

En revivant dans mes tripes notre engagement de sage-femme, lors du travail d’accouchement et la naissance d’un bébé, j’ai rouvert l’écrin des trésors de notre profession. Accompagnement, sens clinique, binôme, émotions et excitations. La chasse à ce trésor n’avait qu’à être lancée et il ne me restait plus qu’à en poser les stratégies.

Prise de contact, démission, engagement, signature de contrat – tout s’enchaine comme un parcours parfaitement fléché sur un parchemin prometteur de nouveaux défis.

Il faudra s’investir jusqu’à la dernière heure hospitalière pour intégrer la fin d’un chapitre: neuf années professionnelles richement garnies, jalonnées de stress, de découragements, de souvenirs variés, de riches rencontres et d’un apprentissage universitaire pertinent pour la suite.

Je décide de ne garder que le meilleur, et que le bilan restera positif, à l’image de ce magnifique panorama sur le lac Léman dans mes trajets pendulaires en train pour Lausanne… Lumineux, parfois sombre, parfois menaçant, et parfois très nuageux mais toujours surprenant!

Le temps retrouvé

Voilà, je me projette maintenant dans ce que j’espère: une pratique où l’on accorde le temps nécessaire aux femmes et aux familles, la physiologie, la continuité du lien, la confiance dans les compétences des patientes et des collègues. Mais consciente aussi d’une pratique exigeante, demandant beaucoup d’autonomie, d’engagement personnel et de responsabilité.

Jour J: Lever sans difficulté, départ, je découvre les bouchons – sans le lac! Arrivée à la maison de naissance, direction le vestiaire: j’enfile une tenue bleue marine – enfin une couleur et une coupe qui me conviennent, après 25 ans de tenues hospitalières! Stylo vissé dans la poche du bas + le traditionnel petit carnet de notes du premier jour d’un tout nouveau travail et badge fièrement accroché à la poche du haut.

C’est parti! Que cachent les yeux bien fatigués de Coline, ma nouvelle collègue qui finit sa nuit? Plusieurs petits Princes seraient-ils nés?

A suivre…

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