Lors du dernier Congrès, Aurélie Pottier et Géraldine Zehnder-Joliat, sages-femme conseillères au Centre Hospitalier Universitaire Vaudois (CHUV), ont présenté dans le cadre du bloc «Collaboration interprofessionnelle» la consultation Addi-Vie au CHUV, mettant en lumière la complexité de l’accompagnement des femmes enceintes en situation d’addiction. Compte rendu d’Aurélie Delouane.
Les défis rencontrés par les équipes qui accompagnent des femmes enceintes en situation d’addiction sont multiples, tant sur le plan psychologique que dans la coordination d’un réseau de soins pluriprofessionnel, au sein duquel les représentations des situations peuvent varier – un enjeu fil-rouge tout au long de la présentation des deux sages-femmes lors du dernier Congrès suisse des sages-femmes.
Réduction des risques
La question de la stigmatisation est en effet particulièrement centrale dans ces suivis, et les femmes concernées sont fréquemment confrontées à des jugements, notamment en lien avec leurs compétences parentales. Un rappel s’impose alors: l’addiction s’inscrit dans des trajectoires de vie souvent complexes et nécessite dans leur suivi une approche fondée sur l’écoute, le temps et la construction d’une alliance thérapeutique solide.

L’approche privilégiée s’inscrit dans une logique de réduction des risques et de stabilisation, plutôt que dans une exigence d’abstinence immédiate.
Aurélie Pottier et Géraldine Zehnder-Joliat insistent aussi sur les idées reçues concernant les traitements de substitution pendant la grossesse. Contrairement à certaines croyances, leur maintien est recommandé afin de limiter les risques pour la mère et l’enfant. L’approche privilégiée s’inscrit dans une logique de réduction des risques et de stabilisation, plutôt que dans une exigence d’abstinence immédiate.
Accompagnement social, médical et éducatif
L’unité Addi-Vie s’appuie sur une organisation pluridisciplinaire coordonnée, articulant les suivis addictologique, obstétrical, pédiatrique et psychiatrique. Les consultations sont adaptées aux besoins spécifiques de chaque patiente, en fonction de sa situation clinique et sociale, permettant d’anticiper les problématiques liées à la naissance.
Cependant, la multiplicité des intervenant·e·s — professionnel·le·s de santé, services sociaux, protection de l’enfance — peut générer une certaine insécurité pour les patientes, notamment lorsqu’elle s’accompagne d’un sentiment de jugement. Le rôle des équipes est donc de favoriser la cohérence des interventions, afin de soutenir la compréhension des enjeux et de sécuriser le parcours de soins.
Autre défi majeur: les conditions de vie des patientes. La précarité parfois extrême (absence de logement, instabilité sociale) complexifie l’accompagnement. Les interventions visent alors à soutenir une stabilisation globale, intégrant les dimensions sociales, médicales et éducatives, afin de préparer au mieux l’accueil de l’enfant.
Protection de l’enfant
Les deux intervenantes illustrent les différences de trajectoire à travers deux situations cliniques comparables au départ mais dont l’évolution diverge fortement – mettant en évidence l’impact du niveau d’accompagnement, de l’engagement de la patiente et des ressources mobilisées sur les issues possibles.
La grossesse apparaît ainsi comme une période charnière, pouvant à la fois fragiliser et offrir une opportunité de transformation.
Ces vignettes cliniques ont également mis à mal le préjugé selon lequel les mères présentant une problématique addictive seraient systématiquement confrontées à un retrait de leur enfant à la naissance. Certaines situations ont montré en effet qu’un accompagnement régulier, coordonné et adapté aux besoins permettait d’envisager des alternatives, telles qu’un accueil en structure avec l’enfant, afin de favoriser le maintien du lien mère-enfant.
La grossesse apparaît ainsi comme une période charnière, pouvant à la fois fragiliser et offrir une opportunité de transformation. Les professionnel·le·s cherchent à soutenir cette dynamique, en valorisant les compétences des patientes tout en maintenant une attention constante aux enjeux de protection de l’enfant.
Témoignage de patiente
Le témoignage d’une patiente, diffusé en fin d’intervention sous forme d’un enregistrement sonore, vient incarner concrètement ces réalités. Elle raconte un parcours marqué par des vulnérabilités précoces et des épisodes de rechute, dans un contexte d’isolement. Elle décrit la grossesse comme une expérience ambivalente, mêlant difficultés et possibilité de changement. L’accompagnement proposé par l’unité Addi-Vie est perçu comme déterminant, en particulier grâce à une approche non jugeante, une relation de confiance et un suivi «global».
A noter: le suivi ne se limite pas à la période périnatale, et permet également aux femmes d’accéder à un suivi gynécologique.
Gestion des situations cliniques
En conclusion, cette présentation a montré la nécessité d’un accompagnement global, coordonné et respectueux, centré sur la singularité des situations. L’approche développée par l’unité Addi-Vie illustre l’importance d’articuler soutien, exigence et travail en réseau afin d’améliorer les parcours des mères et de leurs enfants. La présentation était particulièrement intéressante sur le plan concret de la gestion des situations cliniques et de la coordination interprofessionnelle. Un apport de données scientifiques complémentaire — telles que la prévalence des femmes enceintes concernées par une problématique d’addiction, les taux de suivi en Suisse, ainsi qu’une mise en perspective comparative avec d’autres dispositifs de consultation en Suisse — aurait permis de renforcer la portée analytique et de mieux situer cette organisation dans le paysage national des soins.