Vaccination avant, pendant et après la grossesse: une mise à jour

/
/
Vaccination avant, pendant et après la grossesse: une mise à jour
03.07.2026
Sources des images: FSSF / Antje Kroll-Witzer

Auteur·rice(s)

Bild von Alessandro Diana,
Alessandro Diana,
médecin responsable du Centre de Pédiatrie Grangettes Hirslanden à Genève et chargé d’enseignement à la Faculté de Médecine (Genève). Pédiatre infectiologue et expert auprès de la plateforme Infovac.

La vaccination autour de la grossesse constitue aujourd’hui un levier majeur de santé publique. Cet article d’Alessandro Diana, reprenant sa communication lors du dernier Congrès suisse des sages-femmes, propose une synthèse pratique des recommandations suisses 2026. Il met également en lumière le rôle central des sages-femmes, dans l’information et l’accompagnement des parents face aux décisions vaccinales – et offre des pistes pour la prise en compte de l’hésitation vaccinale dans le suivi.

Traduction italienne de cet article ici (cliquer)

Au centre, Alessandro Diana lors du Congrès suisse des sages-femmes 2026

La vaccination autour de la grossesse permet de protéger la femme enceinte contre certaines infections potentiellement graves, mais également le nouveau-né grâce au transfert transplacentaire d’anticorps maternels. Cette immunisation passive offre au nourrisson une protection précieuse durant les premiers mois de vie, période où son système immunitaire reste immature et où certaines infections peuvent entraîner des complications sévères.

En Suisse, les recommandations vaccinales reposent sur le Plan de vaccination suisse, élaboré par l’Office fédéral de la santé publique (OFSP) en collaboration avec la Commission fédérale pour les vaccinations (CFV). Ce document constitue la référence nationale en matière de prévention vaccinale. Il s’appuie sur les données scientifiques disponibles tout en laissant une place importante à l’évaluation clinique individuelle et à la décision partagée avec les patientes.

Avant la grossesse: anticiper pour mieux protéger

La période préconceptionnelle représente une opportunité particulièrement importante pour prévenir certaines infections potentiellement graves pendant la grossesse. Pourtant, cette étape reste encore souvent sous-exploitée dans la pratique clinique.

Avant chaque projet de grossesse, il est recommandé de vérifier le statut vaccinal de la future mère et, si nécessaire, de compléter certaines vaccinations, notamment contre la rougeole, la rubéole et la varicelle. Ces infections peuvent entraîner des complications importantes durant la grossesse, tant pour la mère que pour le fœtus. Or, les vaccins correspondants sont des vaccins vivants atténués et sont donc contre-indiqués pendant la grossesse par principe de précaution.

Concernant le vaccin rougeole-oreillons-rubéole (ROR), deux doses documentées sont considérées comme corrélées à une excellente protection immunitaire. Une sérologie n’est généralement pas nécessaire lorsqu’une vaccination complète figure dans le carnet de vaccination. Pour la varicelle, une anamnèse fiable d’infection antérieure, une sérologie positive ou une vaccination complète permettent de documenter l’immunité.

Le statut vaccinal vis-à-vis de l’hépatite B mérite également une attention particulière. En cas d’immunisation incomplète ou absente, une vaccination peut être proposée avant la conception afin de limiter les risques de transmission périnatale.

Pour les sages-femmes, cette phase préconceptionnelle représente une occasion précieuse d’intégrer la question vaccinale dans le conseil global autour du projet parental. Une simple question sur le carnet de vaccination peut parfois permettre d’anticiper des situations complexes pendant la grossesse.

Pendant la grossesse: protéger deux personnes simultanément

Certaines vaccinations sont spécifiquement recommandées pendant la grossesse afin de protéger à la fois la mère et le nourrisson. Cette protection indirecte du nouveau-né repose sur le passage transplacentaire des anticorps maternels, particulièrement efficace au cours du troisième trimestre.

Une dose de vaccin dTpa, avec ou sans IPV (Inactivated Poliovirus Vaccine), est recommandée à chaque grossesse, idéalement au cours du deuxième trimestre. L’objectif principal est de protéger le nourrisson durant ses premières semaines de vie, avant qu’il ne puisse développer sa propre immunité vaccinale.

Les données scientifiques disponibles sont particulièrement solides. L’étude britannique d’Amirthalingam et al., publiée dans The Lancet en 2014, a montré que la vaccination maternelle contre la coqueluche permettait de réduire de plus de 90 % le risque de formes sévères chez les nourrissons de moins de six mois.

Il est également important de rappeler que cette protection reste pertinente même lorsque la vaccination est administrée tardivement durant la grossesse. Les données montrent en effet qu’une efficacité protectrice peut encore être observée lorsque le vaccin est administré jusqu’à environ sept jours avant l’accouchement. En pratique, cela signifie qu’il n’est pratiquement jamais «trop tard» pour proposer cette vaccination. Cette stratégie constitue aujourd’hui l’un des exemples les plus convaincants de l’efficacité de la vaccination maternelle.

Concernant le VRS, lorsque la vaccination maternelle n’a pas été réalisée durant la grossesse, l’administration d’anticorps monoclonaux au nouveau-né constitue l’alternative recommandée. Dans cette dynamique, les sages-femmes occupent une place centrale de repérage, d’information et de coordination.

La vaccination contre la grippe est recommandée à tout moment de la grossesse, durant la saison automne-hiver. La grossesse augmente en effet le risque de complications respiratoires liées à l’influenza, notamment les pneumonies et les surinfections pulmonaires.

Au-delà de la protection maternelle, plusieurs études suggèrent également un bénéfice indirect pour le nourrisson, avec une diminution des hospitalisations pour grippe durant les premiers mois de vie. Certaines données évoquent aussi une réduction du risque de prématurité et de faible poids de naissance chez les femmes vaccinées.

La vaccination contre le COVID-19 reste recommandée au deuxième ou troisième trimestre selon la situation épidémiologique et les recommandations en vigueur, en particulier durant la période automne-hiver. Une attention particulière est portée aux femmes enceintes présentant des facteurs de risque de complications, notamment une immunosuppression, une obésité, un diabète, une hypertension artérielle ou une maladie respiratoire chronique.

Comme pour les autres vaccins inactivés administrés pendant la grossesse, l’objectif est double: protéger la mère contre les formes sévères tout en permettant une transmission transplacentaire d’anticorps susceptibles de contribuer à la protection du nourrisson durant les premiers mois de vie.

VRS: une évolution majeure de la prévention

Depuis l’automne 2025, la vaccination maternelle contre le virus respiratoire syncytial (VRS) représente une avancée importante dans la prévention des infections respiratoires sévères du nourrisson.

Administrée entre 32 et 36 semaines de grossesse, cette vaccination permet un transfert optimal d’anticorps au fœtus avant la naissance. Les études disponibles montrent une efficacité d’environ 80 % contre les formes sévères nécessitant une hospitalisation durant les premiers mois de vie.

Une alternative existe également: l’administration d’anticorps monoclonaux au nouveau-né après la naissance. Cette stratégie offre un niveau de protection comparable, également estimé autour de 80 % contre les complications sévères liées au VRS durant la première année de vie.

Ces deux approches sont aujourd’hui considérées comme des stratégies équivalentes de prévention. Le choix peut donc être discuté avec les parents en tenant compte du contexte clinique, de l’organisation des soins et des préférences familiales. Pour les sages-femmes, l’enjeu consiste souvent à expliquer simplement cette logique de protection: protéger le nourrisson soit avant la naissance par la vaccination maternelle, soit juste après la naissance grâce aux anticorps monoclonaux.

La vaccination maternelle contre le VRS ayant été introduite récemment en Suisse, il sera particulièrement intéressant d’observer, dans les prochaines années, quelles stratégies seront privilégiées par les parents et les professionnels de santé.

Chez les mères ayant reçu la vaccination contre le VRS pendant la grossesse, le nourrisson ne présente actuellement pas d’indication à recevoir également les anticorps monoclonaux à la naissance.

Note pratique: temporalité vaccinale et communication

Bien que les vaccins recommandés pendant la grossesse présentent un excellent profil de sécurité, certains clinicien·ne·s choisissent, lorsque cela reste compatible avec les recommandations, de proposer certaines vaccinations après l’échographie morphologique du deuxième trimestre.

Cette approche concerne principalement la vaccination contre la coqueluche ou la grippe et relève avant tout d’une stratégie de communication. Elle permet parfois de limiter les associations temporelles perçues entre la vaccination et des événements malheureusement fréquents en début de grossesse, tels qu’une fausse couche spontanée ou la découverte d’une anomalie fœtale.

La vaccination contre le VRS reste quant à elle spécifiquement recommandée entre 32 et 36 semaines de grossesse.

Sérologies pendant la grossesse: identifier les situations à risque

En plus du dépistage systématique du VIH, le dépistage de l’hépatite B est recommandé lors de chaque grossesse afin de prévenir la transmission mère-enfant. Les sérologies concernant la rougeole, la rubéole ou la varicelle ne sont en revanche indiquées qu’en cas de statut vaccinal inconnu, incomplet ou mal documenté.

Il est important de rappeler que deux doses documentées de vaccin ROR sont fortement corrélées à une protection immunitaire durable, sans nécessité de contrôle sérologique supplémentaire dans la majorité des situations.

En cas de non-immunité identifiée pendant la grossesse, la stratégie repose principalement sur l’évitement des expositions à risque, la vaccination de l’entourage ainsi que la planification d’une vaccination post-partum.

L’essentiel en pratique

MomentObjectifsActions clés
Avant la grossessePrévenir les infections évitablesVérifier ROR, varicelle et hépatite B
Pendant la grossesseProtéger la mère et le nourrissondTpa (IPV), grippe, COVID-19, vaccination VRS
Dès la naissanceCompléter la protection maternelle et néonataleRattrapage vaccinal, coqueluche post-partum, anticorps monoclonaux contre le VRS si maman pas vaccinée pendant la grossesse
CommunicationS’adapter aux besoins des parents et renforcer le partenariat thérapeutiqueAsk–Offer–Ask, écoute active, information adaptée

Après la naissance: compléter la protection maternelle et néonatale

Le post-partum constitue une étape essentielle pour compléter les vaccinations non réalisées avant ou pendant la grossesse. Après l’accouchement, la mère peut recevoir l’ensemble des vaccins nécessaires, y compris les vaccins vivants atténués comme le vaccin ROR ou le vaccin contre la varicelle.

Ces vaccins étant des vaccins vivants atténués, ils sont évités pendant la grossesse par principe de précaution théorique, lié à une plausibilité biologique de réplication virale. Il est toutefois important de rassurer les patientes: les données de pharmacovigilance accumulées depuis plusieurs décennies montrent qu’une administration accidentelle d’un vaccin vivant atténué pendant la grossesse, par exemple un vaccin ROR reçu au début d’une grossesse non encore connue, n’est pas associée à une augmentation des complications fœtales ou des malformations congénitales.

En pratique, une telle situation ne constitue donc jamais une indication à interrompre une grossesse. Avant un projet de grossesse, il reste néanmoins recommandé d’attendre environ un cycle après l’administration d’un vaccin vivant atténué avant d’envisager une conception.

L’allaitement ne constitue pas une contre-indication à la vaccination, y compris pour les vaccins vivants atténués. A ce jour, aucune vaccination n’est contre-indiquée pendant l’allaitement, à l’exception du vaccin contre la fièvre jaune pour lequel certains comités d’experts recommandent, par principe de précaution, d’éviter son administration chez les femmes allaitantes lorsque cela est possible.

Si la vaccination contre la coqueluche n’a pas pu être réalisée pendant la grossesse, il reste recommandé de l’effectuer dès que possible après l’accouchement. Bien que la protection du nourrisson soit alors moins importante que celle obtenue grâce à la vaccination maternelle pendant la grossesse — avec une efficacité estimée autour de 40 %, contre plus de 90 % lorsque la vaccination est réalisée avant la naissance — cette stratégie reste nettement préférable à l’absence complète de protection. Cette vaccination post-partum contribue à réduire le risque de transmission de la coqueluche au nourrisson par la mère et s’intègre dans la stratégie dite de «cocooning», visant à protéger le bébé en vaccinant les proches en contact étroit avec lui durant ses premiers mois de vie.

Conclusion: une fenêtre unique en santé publique

La période entourant la grossesse représente une fenêtre exceptionnelle de prévention en santé publique. Peu de moments dans la vie permettent en effet de protéger simultanément deux personnes à travers une même intervention préventive.

Dans cette dynamique, les sages-femmes jouent un rôle central. Leur mission dépasse largement la simple transmission d’informations vaccinales. Elles participent activement à la promotion de la santé, à l’accompagnement des décisions parentales et au maintien d’un climat de confiance autour de la vaccination, dans une période de vie souvent marquée par les questionnements, les émotions et la recherche de repères fiables.

A une époque où les questions vaccinales peuvent susciter des inquiétudes ou des hésitations, leur posture relationnelle, leur écoute et leur capacité à instaurer un dialogue respectueux deviennent des compétences essentielles de santé publique.

Références

  • Amirthalingam, G., Andrews, N., Campbell, H. et al. (2014) Effectiveness of maternal pertussis vaccination in England: an observational study. The Lancet; 2014;384(9953):1521–1528.
  • MacDonald N. E. (2015) Vaccine hesitancy: Definition, scope and determinants. Vaccine; 33(34):4161–4164.
  • Munoz, F. M. (2018) Safety of influenza vaccination during pregnancy. Pediatric Annals.; 47(3):e109–e114.
  • Office fédéral de la santé publique (2026) Plan de vaccination suisse 2026.

Cela pourrait également vous intéresser:

De la «médecine standardisée» à la médecine de genre: grossesse et santé cardiaque

La médecine de genre montre pourquoi, en matière de diagnostic, de traitement et de prévention, le fait qu’un corps soit féminin ou masculin fait une différence. Les grossesses fournissent également..

02.07.2026

La promotion de l’allaitement maternel, une stratégie de santé publique

Où en est la Suisse en matière de promotion de l’allaitement maternel? C’est la question qu’a posée Anja Hurni, sage-femme et consultante en allaitement et lactation certifiée IBCLC, lors du..

07.07.2026