Le rôle de la sage-femme dans le soutien à la relation parent-enfant

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Le rôle de la sage-femme dans le soutien à la relation parent-enfant
01.10.2025
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Murielle Caldelari,
sage-femme, maître d’enseignement et responsable du programme à la Haute Ecole de Santé Vaud, à Lausanne. Master en santé publique, ingénierie des formations en santé. Sage-femme auprès de la population migrante (association PanMilar). Formée à l’échelle Brazelton.

Etre un soutien dans l’établissement du lien entre le nouveau-né et ses parents est sans doute un objectif professionnel partagé par la grande majorité des sage-femmes. Pourtant, dans la pratique, ce rôle reste parfois flou. Murielle Caldelari, sage-femme et maître d’enseignement, propose dans cet article quelques pistes d’action pour intervenir concrètement auprès des familles dans ce domaine, à la fois complexe et passionnant.

Le champ d’intervention du lien parents-nouveau-né, aussi fondamental que complexe, soulève de nombreuses interrogations. Il mobilise à la fois des données scientifiques issues de la physiologie du corps et du cerveau, et des aspects plus subtils, émotionnels et relationnels, qui relèvent de l’impalpable.

La relation parent-enfant s’installe, dans la majorité des cas, sans intervention extérieure. Elle dépend de multiples facteurs: l’histoire personnelle du parent, ses inquiétudes, sa relation de couple, son état de santé physique et psychique, ainsi que le contexte dans lequel survient la naissance (Fulton et al., 2012). Sur beaucoup de ces facteurs, la sage-femme n’a pas d’action directe. En revanche, elle peut éviter de freiner, voire prétériter involontairement, l’établissement de ce lien.

Sentiment de compétence parentale

La relation parent-enfant dépend aussi du sentiment de compétence à être parent, c’est-à-dire la croyance qu’a le parent en ses capacités à être un bon parent (Liyana Amin et al., 2018). Le sentiment d’efficacité parentale constitue un facteur protecteur majeur contre la dépression du post-partum et l’anxiété parentale (Razurel et al., 2011). Il est également corrélé à une meilleure confiance dans son rôle parental sur le long terme (Fang et al., 2021). Les parents pouvant s’appuyer sur un bon sentiment de compétence parental sont plus tenaces lorsqu’ils se trouvent  confrontés à des situations difficiles, plus positifs face à l’échec, plus susceptibles de mettre en place des stratégies d’adaptation et à afficher des comportements parentaux  positifs (Fang et al, 2021).

Cette compétence commence à s’ancrer très tôt: dès la grossesse, les mères acquièrent une connaissance, souvent inconsciente mais bien réelle, du tempérament de leur enfant. Le cerveau maternel se prépare à la parentalité en opérant des modifications structurelles qui renforcent l’attachement au futur bébé (Hoekzema et al., 2017)

A la naissance: le peau-à-peau, une priorité

Soutenir l’établissement du lien, c’est parfois… ne rien faire. D’abord, à la naissance, laisser le nouveau-né en peau-à-peau immédiat et prolongé sur sa maman et respecter  ce moment participe activement à son développement (Rodgers, 2013).

Cette pratique a en outre d’autres bénéfices importants: la régulation cardio-respiratoire, la stabilité glycémique, une meilleure thermorégulation, moins de pleurs et des scores de stress qui sont diminués (Moore et al., 2016).

Pour être pleinement bénéfique, le peau-à-peau doit rester ininterrompu, au moins jusqu’à la fin de la première tétée (Fauchère, 2023). C’est un moment privilégié, où la mère découvre son enfant, tout comme le père ou le·la partenaire. Face à ce nouveau-né qui semble si fragile, les jeunes parents peuvent se sentir démunis ou anxieux. Leur sentiment de compétence parentale peut être fragilisé par l’impression de ne pas être à la hauteur.
Le rôle de la sage-femme est alors essentiel : mettre en lumière les compétences démontrées par leur nouveau-né – sa capacité à soulever la tête, à trouver le sein – permet aux parents de prendre conscience de ce que leur enfant sait déjà faire. Cette reconnaissance des aptitudes du bébé contribue à renforcer leur confiance et leur sentiment d’être capables de répondre à ses besoins (Liyana Amin et al., 2018).

Cette pratique, sans risque lorsqu’elle est correctement mise en œuvre (voies aériennes dégagées, enfant séché, couvert avec bonnet [Fauchère, 2023]), est encore trop souvent interrompue par des gestes routiniers non urgents (pesée, habillage). Elle devrait être défendue comme une priorité de santé relationnelle.

Soutenir l’établissement du lien, c’est parfois… ne rien faire.

Durant le post-partum

Au post-partum, de nombreux facteurs peuvent impacter négativement le sentiment de compétence des parents: la qualité des interactions avec les soignant·e·s, les conditions de séjour et l’allaitement;  et au retour à domicile, la gestion des tâches ménagères, le rythme et les pleurs de l’enfant (Razurel et al., 2011).

Prendre le temps de parler de l’organisation de la vie de jeunes parents, questionner les ressources du couple, expliquer les caractéristiques des pleurs du nouveau-né et celles de son sommeil sont autant d’éléments à aborder durant les visites prénatales ou les séances de préparation à la naissance. Anticiper ces sujets permet de réduire le stress parental au moment venu.

Le concept de Touchpoints (Sparrow & Brazelton, 2018) souligne que le développement parental passe par des tâtonnements, des essais, des erreurs. Il s’agit d’accompagner sans juger, de valoriser les intentions, et d’abaisser l’exigence de perfection souvent intériorisée par les parents. Pour convaincre des jeunes parents que leur enfant va bien, qu’il reçoit ce dont il a besoin, et donc qu’ils sont de bons parents, Brazelton (pédiatre américain, 1918-2018) affirme que le meilleur langage à utiliser reste le comportement du nouveau-né.

L’échelle NBAS (Neonatal Behavioral Assessment Scale), issue de ses travaux, est un outil d’observation fine du nouveau-né, nécessitant une formation. Toutefois, même sans certification, toute sage-femme peut s’appuyer sur l’observation partagée: il s’agit par exemple, d’exprimer devant les parents ce que montre leur enfant: «Il a l’air tout détendu et de bien dormir» ou encore «Regardez comme il a tourné la tête quand il a entendu votre voix». Ce type de commentaires renforce la confiance des parents en leur capacité à comprendre leur enfant.

Pour Brazelton (2003), chaque parent est la personne qui connaît le mieux son enfant. Les jeunes parents passent de longues heures à l’observer. Or ils attendent de la sage-femme une forme d’expertise, de réponses à leurs demandes auxquelles il est bien tentant de répondre pour avoir l’impression de faire du bon travail. Il semble cependant préférable de dire, par exemple, à des parents qui demandent comment reconnaître si leur enfant a faim «Vous, qui connaissez mieux votre enfant que moi, comment est-ce qu’il manifeste habituellement quand il a faim?» Les mères ont souvent des réponses très précises à donner.

Il s’agit aussi de faire de la place à l’observation, à l’écoute, à l’alliance.

Repères clairs

Le soutien au lien parent-enfant par la sage-femme repose donc sur la promotion du sentiment de compétence parentale, en valorisant les capacités des parents à répondre aux besoins de leur enfant. Il s’agit aussi de faire de la place à l’observation, à l’écoute, à l’alliance.

Les femmes attendent de nous des repères clairs et fondés scientifiquement, non des opinions personnelles. La préparation à la naissance et à la parentalité (PANP) joue un rôle structurant: elle influence la perception des événements, réduit l’anxiété, et augmente le sentiment de compétence. Les accompagnements individuels, notamment les consultations sage-femme, apparaissent particulièrement efficaces, surtout lorsqu’ils s’inscrivent dans la durée (au moins 10 semaines) (Wendland et al., 2020).


Références:

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