La césarienne participative, pour une obstétrique centrée sur la patiente

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La césarienne participative, pour une obstétrique centrée sur la patiente
06.03.2026
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Auteur·rice(s)

Bild von Pre Caroline Daelemans,
Pre Caroline Daelemans,
responsable de la salle d’accouchement de la maternité des Hôpitaux Universitaires de Genève.
Bild von Corine-Yara Montandon La Longe,
Corine-Yara Montandon La Longe,
sage-femme chargée de mission, Hôpitaux Universitaires de Genève.

Depuis quelques années, la césarienne dite «douce» ou «participative» se développe dans les maternités de Suisse romande. Pre Caroline Daelemans, responsable de la salle d’accouchement des Hôpitaux Universitaires de Genève et Corine-Yara Montandon La Longe, sage-femme, présentent ici les principes de ce changement de pratique dans le contexte hautement sécurisé du bloc opératoire.

La césarienne est aujourd’hui l’intervention chirurgicale la plus pratiquée dans le monde (Jauniaux & Grobman, 2016; Betran et al., 2021) , elle concerne une femme sur trois en Suisse. Pour la santé maternelle, il est crucial de réduire les césariennes non indiquées (Lancet, 2018; Betran et al., 2018) (voir l’entretien dans ce Dossier). Lorsque celle-ci est pratiquée, il est important de veiller à faire évoluer nos protocoles pour de meilleures issues maternelles et néonatales. C’est l’idée de la césarienne dite «douce» ou «participative», qui se développe depuis les 15 dernières années (voir l’encadré ci-dessous).  

Cette approche n’a, bien sûr, jamais eu pour vocation de promouvoir la césarienne comme alternative désirable à l’accouchement vaginal, mais bien d’en adapter la réalisation afin de respecter au mieux la physiologie, les besoins relationnels précoces et la qualité globale du vécu (Carmichael & Matulionis, 2014).

En pratique

Sur le plan pratique, la césarienne participative repose sur des adaptations simples: présence continue du co-parent au bloc opératoire, attention portée à la réduction des bruits (conversations non indispensables, préparation des instruments en amont, etc.), informations données tout au long de l’intervention, abaissement du champ opératoire au moment de la naissance, invitation à la mère de participer par la poussée lors de la naissance, clampage tardif du cordon, mise en peau-à-peau précoce en salle d’opération lorsque l’état clinique le permet, première mise au sein, et réalisation des premiers soins néonataux au bloc (Smith et al., 2008; Christoph et al., 2023). Ces pratiques sont aujourd’hui reconnues comme compatibles avec la sécurité materno-fœtale et soutenues par plusieurs instances professionnelles internationales (American College of Obstetricians and Gynecologists [ACOG], 2016; Unicef & World Health Organization [WHO], 2018).

Leni en peau à peau avec ses parents après une césarienne à la maternité de Lucerne (photo: Rebekka Haefeli)

Peau à peau immédiat

Les bénéfices du contact peau-à-peau précoce reposent sur des preuves solides. La revue Cochrane de Moore et al. (2025) montre que le peau-à-peau immédiat est associé à une meilleure stabilité thermique néonatale, une amélioration de l’adaptation cardio-respiratoire, une augmentation du taux d’initiation de l’allaitement. Ces bénéfices existent aussi après une césarienne (Martínez-Hortelano et al., 2025). Sur la base de ces données, l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) recommande explicitement le peau-à-peau précoce pour tous les nouveau-nés en bon état, y compris après césarienne (Unicef & WHO, 2018). L’ACOG soutient également cette pratique lorsqu’elle est compatible avec l’état clinique de la mère et de l’enfant (ACOG, 2016). L’expérience vécue par les femmes constitue un autre argument fort. Les études quantitatives sont limitées par leur taille, mais rapportent une expérience positive lorsque le peu-à-peau est initié en salle de césarienne (McCutcheon et al., 2025).

Réhabilitation améliorée après césarienne

Au-delà de la dimension relationnelle, la césarienne participative s’inscrit pleinement dans la logique des protocoles actuels de réhabilitation améliorée après césarienne qui proposent une prise en charge globale visant à réduire l’agression chirurgicale et à favoriser une récupération rapide (Wilson et al., 2018). Elles recommandent notamment de minimiser le jeûne, d’éviter l’extériorisation systématique de l’utérus, de minimiser l’irritation péritonéale, d’optimiser la prise en charge de la douleur, de favoriser la mobilisation précoce, de soutenir activement l’allaitement et d’améliorer l’expérience globale de la patiente (Macones et al., 2019). Ces recommandations reposent sur des données associant ces pratiques à une diminution de la douleur postopératoire, une récupération plus rapide, une réduction de la durée d’hospitalisation et une amélioration de la satisfaction maternelle. La césarienne participative apparaît ainsi comme la partie chirurgicale logique des principes de réhabilitation améliorée appliqués à la césarienne.

Changement de paradigme

La mise en œuvre de la césarienne participative soulève cependant une question centrale: celle du changement de pratiques au sein des équipes. Contrairement à ce que l’on pourrait penser, les principaux obstacles ne sont pas techniques mais culturels et organisationnels. L’accueil du co-parent en salle d’opération, l’exposition accrue au regard des parents, la réalisation des soins néonataux au bloc, la nécessité d’expliquer les gestes en temps réel ou encore l’adaptation de l’environnement thermique et sensoriel modifient des routines profondément ancrées. Ces évolutions peuvent générer des résistances, souvent fondées sur des préoccupations légitimes: crainte pour la sécurité, sentiment de perte de contrôle, inconfort face au regard extérieur, surcharge cognitive ou impression d’une injonction supplémentaire dans un contexte déjà contraint.

L’OMS, au sujet de la qualité des soins maternels et néonataux, souligne que l’expérience de soin et le respect de la dignité font partie intégrante de la qualité, au même titre que la sécurité clinique (WHO, 2016). Ce changement de paradigme suppose de reconnaître que l’expérience vécue par les femmes et les familles n’est pas un «supplément d’âme», mais un critère de qualité à part entière. Pour les équipes, cela implique souvent un déplacement identitaire: passer d’une culture centrée principalement sur la performance technique à une culture intégrant pleinement la dimension relationnelle du soin.

Pour faciliter ce changement, nous avons co-construit le protocole avec l’ensemble des professionnel·le·s de la salle de césarienne. Nous avons d’abord expliqué le sens de la démarche, montré les preuves scientifiques puis utilisé la simulation pour mettre le projet en pratique et lever certaines craintes. Lorsqu’elles sont accompagnées et structurées, ces évolutions sont fréquemment perçues non pas comme une contrainte supplémentaire mais comme une source de cohérence, de fierté professionnelle et de regain de sens. Plusieurs travaux montrent que les approches centrées sur la patiente sont associées à une amélioration du climat d’équipe et du sentiment d’utilité professionnelle (WHO, 2016). La césarienne participative peut ainsi devenir un levier plus large de transformation des soins obstétricaux.

Nouvelle norme qualitative

La césarienne participative constitue une évolution qualitative de sa réalisation. Elle s’organise davantage autour de ce moment unique qu’est la naissance, participe à une réhabilitation précoce et améliore l’expérience parentale sans signal défavorable pour la sécurité. Elle ouvre également une réflexion sur nos cultures professionnelles et nos modes d’organisation. Dans un contexte où la qualité des soins ne peut plus être réduite à la seule sécurité biomédicale, cette approche peut raisonnablement être considérée comme une nouvelle norme qualitative pour les césariennes dans nos maternités.

Références:

  • McCutcheon, A., Zhou, H., Steen, M. (2025) Maternal Birth Satisfaction Relating to Intraoperative and Early Postpartum Skin-to-Skin Contact with the Neonate During Caesarean Birth: An Integrative Review. Nurs Rep.;15(1):28. doi:10.3390/nursrep15010028
  • American College of Obstetricians and Gynecologists (2016) Optimizing Support for Breastfeeding as Part of Obstetric Practice.
  • Betrán, A. P., Temmerman, M., Kingdon, C. et al. (2018) Interventions to reduce unnecessary caesarean sections in healthy women and babies. The Lancet; 392(10155):1358-1368. doi:10.1016/S0140-6736(18)31927-5
  • Betran, A. P., Ye, J., Moller, A. B., Souza, J. P. & Zhang, J. (2021) Trends and projections of caesarean section rates: global and regional estimates. BMJ Glob Health; 6(6):e005671. doi:10.1136/bmjgh-2021-005671 
  • Carmichael, A. & Matulionis, B. (2014) Implementing the Gentle C‐Section: A Birth Experience More Like a Vaginal Delivery. J Obstet Gynecol Neonatal Nurs; 43:S13-S14. doi:10.1111/1552-6909.12379
  • Chautems, C. (2025) Améliorer l’expérience des césariennes tout en réduisant leur taux. Perspectives transdisciplinaires sur l’introduction de la césarienne participative en Suisse romande. Anthropologie et Santé; (30). https://journals.openedition.org/anthropologiesante/14422
  • Christoph, P., Aebi, J., Sutter, L., Schmitt, K. U., Surbek, D. & Oelhafen, S. (2023) The extended gentle caesarean section protocol— expanding the scope and adding value for the family: a cross-sectional study. Arch Gynecol Obstet; 307(5):1481-1488. doi:10.1007/s00404-023-06913-0
  • Jauniaux, E. & Grobman, W. (ed.) (2016) Caesarean section: Introduction to the ‘World’s No. 1’ Surgical Procedure. Textbook of Caesarean Section. Oxford Academic.
  • Lancet (2018) Stemming the global caesarean section epidemic. The Lancet; 392(10155):1279. doi:10.1016/S0140-6736(18)32394-8
  • Macones, G. A., Caughey, A. B., Wood, S. L. et al. (2019) Guidelines for postoperative care in cesarean delivery: Enhanced Recovery After Surgery (ERAS) Society recommendations (part 3). Am J Obstet Gynecol.; 221(3):247.e1-247.e9. doi:10.1016/j.ajog.2019.04.012
  • Martínez-Hortelano, J. A., Saz-Lara, A., González, J. L. G. et al. (2025) Skin-to-skin contact and breastfeeding after caesarean section: A systematic review and meta-analysis of intervention studies. Int J Nurs Stud; 166:105038. doi:10.1016/j.ijnurstu.2025.105038
  • Moore, E. R., Brimdyr, K., Blair, A. et al. (2025) Immediate or early skin‐to‐skin contact for mothers and their healthy newborn infants. Cochrane Library.
  • Smith, J., Plaat F. & Fisk, N. (2008) The natural caesarean: a woman-centred technique. Bjog;115(8):1037-1042. doi:10.1111/j.1471-0528.2008.01777.x
  • Unicef & World Health Organization (2018) Protecting, promoting and supporting breastfeeding in facilities providing maternity and newborn services: the revised BABY-FRIENDLY HOSPITAL INITIATIVE. https://iris.who.int/server/api/core/bitstreams/c26450e2-92b0-476e-9a29-98eb5a58f4a2/content.
  • Wilson, R. D., Caughey, A. B., Wood, S. L. et al. (2018) Guidelines for Antenatal and Preoperative care in Cesarean Delivery: Enhanced Recovery After Surgery Society Recommendations (Part 1). Am J Obstet Gynecol; 219(6):523.e1-523.e15. doi:10.1016/j.ajog.2018.09.015
  • World Health Organization (2016) Standards for improving quality of maternal and newborn care in health facilities. https://www.who.int/publications/i/item/9789241511216

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