Education sans violence: nouvelles normes de qualité interprofessionnelles pour la pratique

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Education sans violence: nouvelles normes de qualité interprofessionnelles pour la pratique
25.09.2026
Sources des images: Istock

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De nouvelles normes de qualité pour une éduction sans violence viennent d’être publiées. Sula Anderegg, sage-femme et membre du Comité central de la Fédération suisse des sages-femmes, a participé à l’élaboration de ce document important. Dans un entretien accordé à la revue Obstetrica, elle évoque les discussions au sein du réseau Education sans violence (Protection de l’enfance Suisse), le rôle particulier des sages-femmes et ce qu’il faut pour que l’éducation sans violence s’ancre dans le quotidien.

Une mère crie régulièrement sur son enfant de deux ans, le traite d’«idiot» lorsqu’il fait tomber quelque chose ou qu’il n’arrive pas à accomplir une tâche. Un père dit à son enfant, après chaque note inférieure à six à l’école, qu’il finira par être un raté. Dans une autre famille, les parents laissent leur nourrisson pleurer le soir pour qu’il apprenne à s’endormir tout seul. Une autre famille encore surveille chacun des faits et gestes de son enfant, décide de ses loisirs, ne le quitte jamais des yeux et détermine avec qui il a le droit d’être en contact ou non.

Le concept de violences éducatives est aujourd’hui largement relayé, sans que l’on sache pour autant où se situent les limites. Où commence la violence? Et que signifie réellement une éducation non violente dans la vie quotidienne d’une famille?

Que signifie «sans violence»?

«Le sujet est vaste et complexe. Au sein même du groupe d’expert·e·s sur l’éducation non violente, nous avons longuement débattu de ce qui doit être considéré comme de la violence dans l’éducation. Cette réflexion a constitué une partie importante du processus», résume Sula Anderegg à propos du travail mené au sein du groupe de travail sur l’éducation non violente. «Qu’est-ce que la non-violence exactement? Où se situent les limites de l’éducation?  – ces nuances sont perçues différemment non seulement par les parents, mais aussi par les professionnel·le·s. Chaque personne apporte son histoire, son expérience de vie et ses propres représentations.»

Sortir du tabou

Sula Anderegg souligne que la question de savoir quelles situations concrètes doivent être condamnées comme de la violence n’est pas, dans un premier temps, la question décisive. Il s’agit plutôt de sortir de la zone taboue ce qui se passe à la maison et de le déstigmatiser. «Il faut opérer un changement de paradigme dans l’attitude face à la violence et s’orienter vers une éducation non violente. Cela concerne aussi bien les parents que les professionnel·le·s.» Sula cite un exemple: lors d’une visite postnatale, une sage-femme remarque qu’une mère calme ses deux aînés devant l’écran en leur donnant du coca, des chips et du chocolat; ils sont en surpoids important et jouent à un jeu vidéo inadapté à leur âge. La mère semble globalement dépassée par les événements. L’idéal serait que, dans une telle situation, la sage-femme dispose des moyens et des possibilités nécessaires pour aborder le sujet avec la mère en douceur et sans l’accabler. Elle pourrait lui proposer une aide concrète et, si nécessaire, l’orienter vers un service d’aide adapté qui lui apportera un soutien supplémentaire. Cela nécessite toutefois une grande expertise – et la sage-femme n’est actuellement pas rémunérée pour cet effort supplémentaire.

L’éducation non violente ne se limite pas à l’absence de violence physique ou psychologique, mais concerne l’attitude fondamentale envers l’enfant.

Le sentiment de dépassement comme moteur

Le surmenage et le manque d’information, comme Sula l’a constaté à maintes reprises, jouent souvent un rôle important. La violence, sous ses différentes formes, est souvent liée au fait qu’un parent, voire les deux, atteignent leurs limites. «La solidité d’une famille dépend de celle de ses fondements parentaux. Il est donc essentiel de donner aux parents les moyens de développer leurs compétences personnelles et de disposer de solutions non violentes même dans des situations difficiles.»Il s’agit également de remettre en question les idées reçues de la société en matière d’éducation. Sur ce point, on voit des évolutions depuis quelques années. Autrefois, on disait par exemple qu’il fallait simplement laisser un nourrisson pleurer. Cette attitude n’est pratiquement plus partagée aujourd’hui. «Mais cela ne signifie pas pour autant que nous soyons parvenu·e·s à une éducation non violente. Nous n’en sommes qu’au début d’un projet intergénérationnel et de compréhension sociale qui s’étendra encore sur de longues années», explique Sula, réfutant ainsi l’idée selon laquelle la société aurait déjà fait un pas de géant en matière d’éducation non violente. L’éducation non violente – et c’est là un principe essentiel – ne se limite pas à l’absence de violence physique ou psychique, mais touche à l’attitude fondamentale envers l’intégrité de l’enfant.

Que signifie l’éducation sans violence pour les sages-femmes?

Cette nouvelle approche implique une responsabilité pour les sages-femmes. «En tant que professionnelles, nous avons le devoir de nommer ce que nous voyons – sans rejeter la faute sur qui que ce soit.» Selon Anderegg, les sages-femmes se trouvent dans une situation particulière à cet égard. «Nous avons l’avantage essentiel, mais aussi la responsabilité professionnelle, de nous rendre très tôt au domicile des familles. Nous y rencontrons également les frères et sœurs aînés, nous observons et percevons beaucoup de choses.» Dans le même temps, il est clair que la sage-femme doit également pouvoir s’appuyer sur un bon réseau.

Il est essentiel que les différents groupes professionnels parlent d’une même chose.

Une perspective commune

Les nouvelles normes de qualité (voir l’encadré ci-dessous) s’articule autour de cette perspective commune. Il est essentiel que les différents groupes professionnels parlent d’une même chose. Le cadre d’orientation élaboré conjointement vise donc à créer une base interdisciplinaire. Il ne se veut pas un ensemble de règles rigides, mais un guide pratique pour un développement durable de la qualité.

Offres destinées à la petite enfance et autres structures spécialisées

Or, c’est précisément au niveau des services destinés à la petite enfance qu’il existe encore des lacunes. Il existe un fossé entre l’accompagnement par les sages-femmes, les services de conseil parents-enfants, d’autres offres obligatoires de proximité et les structures ordinaires existantes. Les offres devraient mieux s’articuler entre elles et être suffisamment accessibles pour que les familles puissent y avoir recours, quel que soit leur milieu social ou socio-économique. Les barrières culturelles, financières ou linguistiques ne doivent pas faire obstacle à l’aide.

Plus de responsabilités nécessitent des ressources

Pour les sages-femmes, l’éducation sans violence implique de nouvelles exigences. Elles doivent acquérir des compétences supplémentaires, disposer de connaissances plus approfondies et suivre des formations continues. Ce problème ne concerne pas uniquement les sages-femmes. Il vaut également pour les consultations parents-enfants ou infirmier·ère·s petite enfance et les autres services destinés à la petite enfance. Malheureusement, ce travail supplémentaire de prévention et de mise en réseau n’est pas automatiquement financé dans le système de santé et social actuel. Le combat se concentre désormais sur ces aspects; la première étape a été franchie avec l’ancrage de l’éducation sans violence dans le Code civil.

Plus de poids ensemble

La question de l’éducation non violente a montré à quel point les associations professionnelles peuvent gagner en poids et en influence lorsqu’elles s’unissent, poursuivent le même objectif et y travaillent ensemble. Le fait que la demande d’ancrage de l’éducation sans violence dans le Code civil ait été prise en compte à un niveau politique (voir l’entretien ici) doit également être considéré comme un premier résultat important de ce travail commun.

La suite

La balle est désormais dans le camp des associations concernées: elles doivent sensibiliser leurs membres à cette question et les inciter à se pencher sur la prise de position. La Fédération suisse des sages-femmes a également du pain sur la planche: elle devra déterminer comment indemniser à l’avenir la charge de travail supplémentaire qui en découle pour les sages-femmes. De plus, des formations continues dans le domaine de l’éducation non violente doivent être proposées (voir l’encadré en fin d’article ici). Il s’agit d’un bouleversement sociétal majeur. Mais plus il y aura d’acteurs et d’actrices qui s’y engagent, plus vite les choses pourront changer. La prévention rencontre souvent des difficultés, car ses effets ne sont pas immédiatement visibles. L’évolution observée jusqu’à présent a toutefois montré qu’il est possible de faire bouger les choses lorsque de nombreux professionnels et associations assument ensemble leurs responsabilités. «Et au final, la discussion aboutit inévitablement à la question des ressources, c’est-à-dire aux finances», conclut Sula Anderegg. Mais ce qui prime avant tout, c’est l’attitude fondamentale de la société: voulons-nous une éducation sans violence pour nos enfants?

Entretien avec Sula Anderegg, sage-femme et membre du Comité central de la Fédération suisse des sages-femmes. 

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