Détection précoce de la violence: définitions et ressources pour les sages-femmes

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Détection précoce de la violence: définitions et ressources pour les sages-femmes
25.09.2026
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Jeanne Rey
rédactrice FSSF

Les professionnel·le·s au contact des familles ont le devoir de prendre part à la protection des enfants, en détectant les situations de violence ou de négligence, en apportant conseils et appui aux familles et, dans le cas où leur action ne suffit plus, en signalant les situations de mise en danger. Mais dans la pratique, les questionnements et «zones grises» sont nombreux. Cet article propose des rappels théoriques et épistémologiques, mais aussi des ressources accessibles pour les professionnel·le·s de la périnatalité.

1 enfant sur 7 subit régulièrement des violences physiques à la maison et près d’1 enfant sur 5 est régulièrement victime de violence psychologique (Protection de l’enfance Suisse, n. d.), et plus de 40 % des enfants concernés ont moins de six ans, selon la dernière publication des chiffres par la société suisse de pédiatrie, soulignant combien les nourrissons et les jeunes enfants restent particulièrement vulnérables. A noter aussi que dans plus de deux tiers des cas, les personnes autrices de violences sur les enfants sont des parents (membres de la famille) (Pédiatrie Suisse, 2026).

Conséquences à court et long terme

Les conséquences des violences sur les enfants à court terme peuvent être, entre autres: troubles anxieux, dépression, troubles de l’alimentation et du sommeil, comportement délinquant. Celles à long terme: traumatisme, addictions, autres troubles (de la personnalité, dissociatifs, sexuels, dans les relations sociales). (Djabri-Vanhooydonck, 2023)

«Chez les nourrissons et les tout petits, les conséquences sont les suivantes: troubles de l’attachement, altération du développement cérébral, retards développementaux, moteurs et langagiers, réactions émotionnelles (agressivité, colère, peurs)» (Bürgi-Dollet, 2025).

Définition et formes

La maltraitance des enfants est «une atteinte non fortuite, consciente ou inconsciente, physique et/ou psychique (par intervention active ou par omission), y compris la négligence des besoins de l’enfant, de la part de personnes (parents, autres représentant·e·s légales-aux, tiers), d’institutions et de structures sociales, qui conduit à des difficultés de développement, des lésions ou au décès.» (Lips et al., 2020) Les négligences (physique ou affective), la violence physique, psychologique ou sexuelle, ou encore les violences domestiques dont les enfants sont témoins constituent autant de situations de maltraitance.

Les facteurs de risque sont multiples et liés au contexte familial (surmenage, stress), à l’histoire propre des parents, à d’éventuels troubles psychiques ou dépendances.

L’une des questions que se posent parfois les professionnel·le·s porte sur la notion de «bon parent». Quand savoir ce qui relève de ma propre subjectivité et ce qui relève objectivement de la mise en danger du bien-être de l’enfant? Selon Brunner (2020) «Tous les comportements inappropriés des personnes qui s’occupent de l’enfant ne le mettent pas forcément en danger. (…) Une mise en danger survient lorsque les signaux émis par un enfant sont régulièrement ignorés ou mal compris ou encore que fréquemment aucune réponse adéquate et rapide ne soit donnée aux signaux qu’il émet.»

Les notions de négligence ou de maltraitance psychique peuvent aussi apporter des éléments de réponse, telles qu’objectivées dans les guides à destination des professionnel·le·s, qui offrent définitions précises et exemples (voir encadrés ci-dessous).

Rôle professionnel et détection précoce

«Les professionnel·le·s de la petite enfance sont confronté∙e∙s à des exigences multiples: ils doivent se montrer compréhensifs envers la situation individuelle d’une jeune famille, lui indiquer au besoin comment faire et, en cas de nécessité, prendre des mesures pour protéger l’enfant.» (Brunner, 2020). Signes, facteurs de risque (environnement familial, ou encore périodes de «crise du développement» de l’enfant), facteurs de protection, grilles d’indices de stabilité et d’instabilité chez le nourrisson (voir tableau ci-dessous) ou chez le jeune enfant, etc.: les guides publiés par Protection de l’enfance Suisse compilent à la fois de nombreux supports théoriques et des outils concrets pour soutenir la réflexion et la pratique professionnelle, à la fois pour la détection et pour l’aide aux familles: voir Brunner (2020) et Lips et al (2020). Les aspects juridiques y sont également spécifiés, ainsi qu’une feuille de route à tenir en cas de besoin de signalement.

 StabilitéInstabilité
Système autonomeBonne respiration; coloration de la peau stable; digestion stableRespiration irrégulière; tonalité de la voix affaiblie; coloration de la peau altérée; problèmes de digestion
Système moteurTonus normal; mouvements souples, coordonnés, ciblés, correspondant au développementCorps flasque ou hypertendu (hypotonie ou hypertonie); mouvements tremblants, saccadés ou non ciblés
Système de l’état de sommeil et de veilleEtats d’éveil clairs; comportement en matière de sommeil conforme à l’âge; capacité de concentration conforme au niveau de développementPas d’états d’éveil et de sommeil clairs (en majorité des états intermédiaires diffus)
Découverte du monde environnantCuriosité; selon le niveau de développement, exploration par l’écoute, le regard, la bouche, les mainsDésintérêt pour le monde environnant
Comportement en relation avec d’autres personnesContact visuel; attention en cas de stimulation; capacité de stimulation équilibréePas de contact visuel; pleurnichements et pleurs marqués
AutorégulationCapacités à se calmer et à se réguler par soi-même ou à y contribuerLe comportement permettant de se calmer (pouce, sucette, etc.) ne fonctionne pas.

Réseau éducation sans violence

Dans le cadre de l’inscription de l’éducation sans violence dans le code civil suisse, de nouvelles normes de qualité viennent de paraître, pilotées par le Réseau éducation sans violence (dont fait partie la Fédération suisse des sages-femmes) (Protection de l’enfance Suisse, 2026a). Ces normes «créent, pour la première fois, un cadre professionnel commun pour les professionnel·le·s de l’éducation, de l’accueil, du conseil, de la santé et de la protection de l’enfance. Elles montrent comment détecter à un stade précoce la violence, comment protéger la dignité des enfants et comment accompagner les parents en s’appuyant sur leurs ressources.» (Protection de l’enfance Suisse, 2026b). Il s’agit là d’un réel changement de paradigme, visant à sensibiliser professionnel·le·s et parents aux pratiques relevant de l’éducation sans violence (pour en savoir plus, voir l’article ici).

Références:

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