Les professionnel·le·s au contact des familles ont le devoir de prendre part à la protection des enfants, en détectant les situations de violence ou de négligence, en apportant conseils et appui aux familles et, dans le cas où leur action ne suffit plus, en signalant les situations de mise en danger. Mais dans la pratique, les questionnements et «zones grises» sont nombreux. Cet article propose des rappels théoriques et épistémologiques, mais aussi des ressources accessibles pour les professionnel·le·s de la périnatalité.
1 enfant sur 7 subit régulièrement des violences physiques à la maison et près d’1 enfant sur 5 est régulièrement victime de violence psychologique (Protection de l’enfance Suisse, n. d.), et plus de 40 % des enfants concernés ont moins de six ans, selon la dernière publication des chiffres par la société suisse de pédiatrie, soulignant combien les nourrissons et les jeunes enfants restent particulièrement vulnérables. A noter aussi que dans plus de deux tiers des cas, les personnes autrices de violences sur les enfants sont des parents (membres de la famille) (Pédiatrie Suisse, 2026).

Conséquences à court et long terme
Les conséquences des violences sur les enfants à court terme peuvent être, entre autres: troubles anxieux, dépression, troubles de l’alimentation et du sommeil, comportement délinquant. Celles à long terme: traumatisme, addictions, autres troubles (de la personnalité, dissociatifs, sexuels, dans les relations sociales). (Djabri-Vanhooydonck, 2023)
«Chez les nourrissons et les tout petits, les conséquences sont les suivantes: troubles de l’attachement, altération du développement cérébral, retards développementaux, moteurs et langagiers, réactions émotionnelles (agressivité, colère, peurs)» (Bürgi-Dollet, 2025).
Définition et formes
La maltraitance des enfants est «une atteinte non fortuite, consciente ou inconsciente, physique et/ou psychique (par intervention active ou par omission), y compris la négligence des besoins de l’enfant, de la part de personnes (parents, autres représentant·e·s légales-aux, tiers), d’institutions et de structures sociales, qui conduit à des difficultés de développement, des lésions ou au décès.» (Lips et al., 2020) Les négligences (physique ou affective), la violence physique, psychologique ou sexuelle, ou encore les violences domestiques dont les enfants sont témoins constituent autant de situations de maltraitance.
Les facteurs de risque sont multiples et liés au contexte familial (surmenage, stress), à l’histoire propre des parents, à d’éventuels troubles psychiques ou dépendances.
L’une des questions que se posent parfois les professionnel·le·s porte sur la notion de «bon parent». Quand savoir ce qui relève de ma propre subjectivité et ce qui relève objectivement de la mise en danger du bien-être de l’enfant? Selon Brunner (2020) «Tous les comportements inappropriés des personnes qui s’occupent de l’enfant ne le mettent pas forcément en danger. (…) Une mise en danger survient lorsque les signaux émis par un enfant sont régulièrement ignorés ou mal compris ou encore que fréquemment aucune réponse adéquate et rapide ne soit donnée aux signaux qu’il émet.»
Les notions de négligence ou de maltraitance psychique peuvent aussi apporter des éléments de réponse, telles qu’objectivées dans les guides à destination des professionnel·le·s, qui offrent définitions précises et exemples (voir encadrés ci-dessous).
Négligence
La négligence désigne la non-satisfaction par un tiers des besoins de l’enfant en matière d’alimentation, d’hygiène, d’habillement, d’éducation, de soins et de surveillance. Elle se révèle notamment par l’insuffisance, voire l’absence de prise de poids (surtout chez les nourrissons), par une mauvaise hygiène corporelle et dentaire ainsi que par un habillement inadapté. La négligence affective relève également de ce type de maltraitance. La négligence peut être consciente ou non; elle est souvent inconsciente lorsque les parents eux-mêmes sont surmenés et dépassés dans leur rôle parental (p. ex. toxicomanie, maladie psychique, forte charge de travail, situation financière difficile). Il existe aussi de la négligence éducative quand les enfants sont livré·e·s à eux/elles-mêmes lorsqu’ils/elles sont encore en bas-âge, ont accès à des stupéfiants ou peuvent accéder aux médias électroniques et les utiliser sans surveillance.
Source: Lips, U. et al. (2020). Maltraitance des enfants – Protection de l’enfance. Guide de détection précoce et de démarche à suivre dans la pratique médicale. (cliquer ici)
Maltraitance psychique
La maltraitance psychique est souvent difficile à détecter, mais elle a des répercussions tout aussi importantes que les autres types de maltraitance. Elle existe lorsque l’enfant est continuellement soumis au dénigrement de la part de ses représentant·e·s légales·aux (insultes, brimades, humiliations, menaces) et entend des appréciations négatives répétées sur son avenir diminuant durablement son estime de soi. De plus, l’enfant est constamment confronté à des anticipations négatives quant à son avenir. Une part importante de la maltraitance psychique concerne les enfants contrainte·s aux altercations verbales ou physiques de leurs parents. Ces mineur·e·s sont considéré·e-s et relevé·e·s en statistique comme subissant de la maltraitance psychique, même s’ils/si elles ne sont pas directement impliqué-e-s dans ces conflits (violence conjugale).
Source: Lips, U. et al. (2020). Maltraitance des enfants – Protection de l’enfance. Guide de détection précoce et de démarche à suivre dans la pratique médicale. (cliquer ici)
Rôle professionnel et détection précoce
«Les professionnel·le·s de la petite enfance sont confronté∙e∙s à des exigences multiples: ils doivent se montrer compréhensifs envers la situation individuelle d’une jeune famille, lui indiquer au besoin comment faire et, en cas de nécessité, prendre des mesures pour protéger l’enfant.» (Brunner, 2020). Signes, facteurs de risque (environnement familial, ou encore périodes de «crise du développement» de l’enfant), facteurs de protection, grilles d’indices de stabilité et d’instabilité chez le nourrisson (voir tableau ci-dessous) ou chez le jeune enfant, etc.: les guides publiés par Protection de l’enfance Suisse compilent à la fois de nombreux supports théoriques et des outils concrets pour soutenir la réflexion et la pratique professionnelle, à la fois pour la détection et pour l’aide aux familles: voir Brunner (2020) et Lips et al (2020). Les aspects juridiques y sont également spécifiés, ainsi qu’une feuille de route à tenir en cas de besoin de signalement.
Les indices de stabilité et d’instabilité chez le nourrisson
Brunner, 2021
| Stabilité | Instabilité | |
| Système autonome | Bonne respiration; coloration de la peau stable; digestion stable | Respiration irrégulière; tonalité de la voix affaiblie; coloration de la peau altérée; problèmes de digestion |
| Système moteur | Tonus normal; mouvements souples, coordonnés, ciblés, correspondant au développement | Corps flasque ou hypertendu (hypotonie ou hypertonie); mouvements tremblants, saccadés ou non ciblés |
| Système de l’état de sommeil et de veille | Etats d’éveil clairs; comportement en matière de sommeil conforme à l’âge; capacité de concentration conforme au niveau de développement | Pas d’états d’éveil et de sommeil clairs (en majorité des états intermédiaires diffus) |
| Découverte du monde environnant | Curiosité; selon le niveau de développement, exploration par l’écoute, le regard, la bouche, les mains | Désintérêt pour le monde environnant |
| Comportement en relation avec d’autres personnes | Contact visuel; attention en cas de stimulation; capacité de stimulation équilibrée | Pas de contact visuel; pleurnichements et pleurs marqués |
| Autorégulation | Capacités à se calmer et à se réguler par soi-même ou à y contribuer | Le comportement permettant de se calmer (pouce, sucette, etc.) ne fonctionne pas. |
Mise en danger du bien-être de l’enfant: quand faut-il aviser l’autorité?
Une situation à risque dans la vie d’un enfant ne conduit pas nécessairement dans tous les cas à une mise en danger du bien-être de l’enfant. Il y a une mise en danger quand les besoins essentiels d’un enfant ne sont pas satisfaits par un acte donné ou une omission (des parents le plus souvent) ou que l’enfant est menacé sur le plan de son développement physique ou intellectuel.
Obligation d’aviser, droit d’aviser et secret professionnel, besoins de l’enfants, but d’un signalement de mise en danger, etc.: ces définitions et notions sont également détaillées sur le site internet de Protection de l’enfance Suisse, en français, italien et en allemand.
Source: Protection de l’enfance Suisse (cliquer ici)
Voir aussi Djabri-Vanhooydonck, S. (2023). Protection de l’enfant: le rôle clé des professionnel·le·s. Obstetrica; 11. (cliquer ici)
«Les professionnel·le·s de la petite enfance sont confronté∙e∙s à des exigences multiples: ils doivent se montrer compréhensifs envers la situation individuelle d’une jeune famille, lui indiquer au besoin comment faire et, en cas de nécessité, prendre des mesures pour protéger l’enfant.»
Réseau éducation sans violence
Dans le cadre de l’inscription de l’éducation sans violence dans le code civil suisse, de nouvelles normes de qualité viennent de paraître, pilotées par le Réseau éducation sans violence (dont fait partie la Fédération suisse des sages-femmes) (Protection de l’enfance Suisse, 2026a). Ces normes «créent, pour la première fois, un cadre professionnel commun pour les professionnel·le·s de l’éducation, de l’accueil, du conseil, de la santé et de la protection de l’enfance. Elles montrent comment détecter à un stade précoce la violence, comment protéger la dignité des enfants et comment accompagner les parents en s’appuyant sur leurs ressources.» (Protection de l’enfance Suisse, 2026b). Il s’agit là d’un réel changement de paradigme, visant à sensibiliser professionnel·le·s et parents aux pratiques relevant de l’éducation sans violence (pour en savoir plus, voir l’article ici).
Formation FSSF: «Soutenir les parents, protéger les enfants»
«Soutenir les parents, protéger les enfants»: La Fédération suisse des sages-femmes (FSSF) propose, en partenariat avec Protection de l’enfance Suisse, une formation d’une journée en ligne à destination des sages-femmes, qui s’articule autour des stratégies de détection des violences et de soutien aux familles. Aperçu du contenu: principes et posture en matière d’éducation sans violence, reconnaître et situer la violence psychologique et la négligence émotionnelle, approche ciblée auprès des parents, stratégies de réduction du stress parental, évaluation des situations en vue de la détection précoce d’éventuelles mises en danger du bien-être de l’enfant, orientation vers des offres de soutien complémentaires, etc.
«Soutenir les parents, protéger les enfants»
Jeudi 17 juin 2027, 9h-16h30, en ligne
6 points log
Informations et inscriptions: cliquer ici
Références:
- Bürgi-Dollet, S. (2025) Soutenir les parents, protéger les enfants. Formation Protection de l’enfance suisse / Fédération suisse des sages-femmes.
- Brunner, S. (2020) Détection précoce de la violence envers les enfants en bas âge. Guide à l’usage des professionnel·le·s de la petite enfance. Berne: Protection de l’enfance Suisse.
- Djabri-Vanhooydonck, S. (2023) Protection de l’enfant: le rôle clé des professionnel·le·s. Obstetrica; 11.
- Lips, U. et al. (2020) Maltraitance des enfants – Protection de l’enfance. Guide de détection précoce et de démarche à suivre dans la pratique médicale. Berne: Protection de l’enfance Suisse.
- Pédiatrie Suisse (2026) Statistique nationale 2025 de la maltraitance des enfants.
- Protection de l’enfance Suisse (n. d.) Les chiffres en Suisse.
- Protection de l’enfance Suisse (2026a) Normes de qualité pour une éducation sans violence – Cadre de référence à l’intention des professionnel·le·s.
- Protection de l’enfance Suisse (2026b) Une loi contre la violence – mais nombre d’enfants en sont encore victimes. Communiqué du 30 juin.
Related posts:
No related posts.