Accouchement dans l’eau, quel impact sur le nouveau-né?

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Accouchement dans l’eau, quel impact sur le nouveau-né?
29.08.2025
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Cléa Bulard-Cartier,
sage-femme diplômée en  septembre 2024, travaille au Centre Hospitalier Universitaire Vaudois. clea.bulard@gmail.com 
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Clara Gomes,
sage-femme diplômée en septembre 2024, travaille aux Hôpitaux Universitaires de Genève. claragomes8598@gmail.com 

Dans cet article, les autrices partagent les résultats de leur travail de bachelor qui portait sur l’accouchement dans l’eau. Une pratique moins courante en Suisse romande qu’en Suisse alémanique, alors même que la Société Suisse de Gynécologie et d’Obstétrique s’est prononcée en faveur il y a quelques années déjà. Une revue de littérature récompensée lors du dernier Congrès suisse des sages-femmes dans le cadre du concours de posters.

L’accouchement dans l’eau suscite un intérêt pour ses bienfaits sur le confort maternel. Les partisan·e·s de cette méthode estiment que l’immersion dans l’eau chaude favorise la relaxation, aide à réduire la douleur et contribue à un meilleur vécu de l’accouchement, tout en offrant une expérience de naissance plus naturelle. Cependant, cette pratique  reste  sujette à  controverses  dans  le  monde obstétrical, notamment en raison de la sécurité pour le nouveau-né. Mais les sociétés savantes affichent des positions divergentes sur le sujet à travers le monde.

Une disparité géographique et institutionnelle 

Aux Etats-Unis, l’American College of Obstetricians déconseille cette pratique faute de données scientifiques (2016). A l’inverse, au Royaume-Uni, le Royal College of Midwives milite pour que l’accouchement dans l’eau soit accessible à toutes les femmes (2022). En Suisse, une disparité notable est observée: si la pratique est largement répandue dans les régions alémaniques, elle reste  marginale en Suisse romande où les accouchements se déroulent majoritairement en milieu hospitalier et hors de l’eau. En 2010, la Société Suisse de Gynécologie et d’Obstétrique (SSGO) avait pourtant affirmé que, dans le respect des recommandations, l’accouchement dans l’eau était aussi sûr que les autres méthodes d’accouchement (Geissbühler et al., 2010). 

Au Royaume-Uni, le Royal College of Midwives milite pour que l’accouchement dans l’eau soit accessible à toutes les femmes.

Bénéfices et risques maternels: ce que disent les études  

La littérature scientifique met en évidence plusieurs avantages pour les mères. L’immersion dans l’eau chaude, grâce à son effet relaxant et antalgique, permettrait une meilleure gestion des contractions  utérines et contribuerait ainsi à une expérience de naissance plus positive (Aughey et al., 2021; Barry  et al., 2020; Burns et al., 2022; Clews et al., 2020). Certaines études rapportent une durée du travail plus courte (Cluett & Burns, 2009; Ulfsdottir et al., 2018) et un moindre risque d’hémorragie du post-partum (Barry et al., 2020; Burns et al., 2022; Seed et al., 2023). Toutefois, les résultats sont moins  consensuels concernant l’impact périnéal. Si plusieurs études décrivent une augmentation des chances  d’avoir un périnée intact en accouchant dans l’eau (Barry et al., 2020; Burns et al., 2022), d’autres font  état  d’un  risque  accru  de  déchirures  (Preston  et  al.,  2019;  Taliento  et  al.,  2022).  Enfin, le  risque  d’infection utérine pourrait être plus élevé (Bovbjerg et al., 2022; Burns et al., 2022), bien que les  données soient limitées. 

Qu’en est-il des issues néonatales? 

La sécurité du nouveau-né est au cœur des débats sur l’accouchement dans l’eau. Notre revue de  littérature, portant sur plus de 25 000 femmes à bas risque ayant accouché dans l’eau, n’a pas permis  d’identifier de différence significative pour les critères tels que le score d’Apgar, le taux d’infection, la  réanimation ou les admissions en néonatalogie (Aughey et al., 2021; Barry et al., 2020; Bovbjerg et al.,  2022; Lanier et al., 2021; Ulfsdottir et al., 2018). Toutefois, l’étude la plus puissante de cette revue  (Bovbjerg et al., 2022; 35 060 accouchements dont 17 530 dans l’eau) a rapporté un risque accru de  rupture du cordon ombilical (0,57 % dans l’eau contre 0,37 % «sur terre»). Cette complication, bien que rare, serait principalement liée à une traction excessive sur le cordon lors de la remontée du nouveau-né à la surface (Schafer, 2014). 

Une méta-analyse publiée en 2024 (McKinney et al.), et regroupant 52 études, confirme ce risque accru  de  rupture  du  cordon.  En  revanche,  elle  souligne  également  des  bienfaits  néonataux,  tels  que  de  meilleurs scores d’Apgar, traduisant une meilleure adaptation à la vie extra-utérine, ainsi qu’un risque  réduit d’infection, de réanimation et d’admission en néonatalogie. Du côté maternel, la méta-analyse  rapporte que l’accouchement dans l’eau n’est pas associé à un risque accru d’infection et qu’il pourrait  même réduire le risque d’hémorragie du post-partum.   

Une méta-analyse publiée en 2024 souligne  des  bienfaits  néonataux  tels  que  de  meilleurs scores d’Apgar ainsi qu’un risque  réduit d’infection, de réanimation et d’admission en néonatalogie.

Des ajustements de pratique pour renforcer la sécurité  

Pour minimiser les risques liés à cette pratique, plusieurs mesures peuvent être mises en œuvre. Tout d’abord, l’accouchement dans l’eau doit être strictement réservé aux femmes présentant une grossesse  à bas risque et sans facteurs de risque. De plus, l’abaissement du niveau d’eau à la naissance, la surveillance attentive de l’intégrité du cordon ombilical avant son clampage, ainsi que l’anticipation du matériel d’urgence permettraient de limiter les risques liés à la rupture du cordon. La pratique de la délivrance hors de l’eau pourrait faciliter la quantification des pertes sanguines, permettant ainsi un dépistage précoce des hémorragies du post-partum. Une formation continue des professionnel·le·s de santé est également essentielle pour permettre une mise à jour des connaissances et des pratiques (A titre d’exemple, la dernière Conférence des sages-femmes et infirmier·ère·s chef·fe·s et sages-femmes cliniciennes et spécialisées de novembre 2023 en Suisse romande a accueilli la présentation concrète de cette pratique par Claudia Heer et Margaret Hüsler-Charles, qui ont présenté l’accouchement dans l’eau tel qu’il se pratique à l’hôpital cantonal de Frauenfeld, TG). 

Conclusion: un équilibre à trouver entre risques et bénéfices 

En 2025, bien que la majorité des études ne mettent pas en évidence de risques majeurs liés à cette pratique, les preuves disponibles ne permettent pas d’affirmer qu’elle est sans danger. Les risques, comme la rupture du cordon, doivent être pris en compte et encadrés par des protocoles adaptés. Cependant, les bénéfices maternels de l’accouchement dans l’eau, notamment en termes de vécu de l’accouchement, plaident en faveur de son élargissement dans les maternités. Dans un contexte où la dépression du post-partum affecte plus de 20 % des mères (Association Dépression Postpartale Suisse, n. d.),  offrir  des  options  favorisant  une  expérience  de  naissance  plus  positive  pourrait  contribuer  à  améliorer  la  santé  maternelle. 

Pour les  sages-femmes,  il  s’agit  de  promouvoir  cette  pratique  avec  discernement, en informant les femmes sur les risques et les bénéfices, tout en tenant compte du contexte de la grossesse et des besoins individuels. Avec des ajustements de pratique et un encadrement rigoureux, l’accouchement dans l’eau pourrait trouver une place élargie dans les salles de naissance, répondant ainsi aux attentes d’une parentalité plus respectueuse et personnalisée. 


Références:

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