Dans cet article, les autrices partagent les résultats de leur travail de bachelor qui portait sur l’accouchement dans l’eau. Une pratique moins courante en Suisse romande qu’en Suisse alémanique, alors même que la Société Suisse de Gynécologie et d’Obstétrique s’est prononcée en faveur il y a quelques années déjà. Une revue de littérature récompensée lors du dernier Congrès suisse des sages-femmes dans le cadre du concours de posters.
L’accouchement dans l’eau suscite un intérêt pour ses bienfaits sur le confort maternel. Les partisan·e·s de cette méthode estiment que l’immersion dans l’eau chaude favorise la relaxation, aide à réduire la douleur et contribue à un meilleur vécu de l’accouchement, tout en offrant une expérience de naissance plus naturelle. Cependant, cette pratique reste sujette à controverses dans le monde obstétrical, notamment en raison de la sécurité pour le nouveau-né. Mais les sociétés savantes affichent des positions divergentes sur le sujet à travers le monde.
Une disparité géographique et institutionnelle
Aux Etats-Unis, l’American College of Obstetricians déconseille cette pratique faute de données scientifiques (2016). A l’inverse, au Royaume-Uni, le Royal College of Midwives milite pour que l’accouchement dans l’eau soit accessible à toutes les femmes (2022). En Suisse, une disparité notable est observée: si la pratique est largement répandue dans les régions alémaniques, elle reste marginale en Suisse romande où les accouchements se déroulent majoritairement en milieu hospitalier et hors de l’eau. En 2010, la Société Suisse de Gynécologie et d’Obstétrique (SSGO) avait pourtant affirmé que, dans le respect des recommandations, l’accouchement dans l’eau était aussi sûr que les autres méthodes d’accouchement (Geissbühler et al., 2010).
Au Royaume-Uni, le Royal College of Midwives milite pour que l’accouchement dans l’eau soit accessible à toutes les femmes.
Bénéfices et risques maternels: ce que disent les études
La littérature scientifique met en évidence plusieurs avantages pour les mères. L’immersion dans l’eau chaude, grâce à son effet relaxant et antalgique, permettrait une meilleure gestion des contractions utérines et contribuerait ainsi à une expérience de naissance plus positive (Aughey et al., 2021; Barry et al., 2020; Burns et al., 2022; Clews et al., 2020). Certaines études rapportent une durée du travail plus courte (Cluett & Burns, 2009; Ulfsdottir et al., 2018) et un moindre risque d’hémorragie du post-partum (Barry et al., 2020; Burns et al., 2022; Seed et al., 2023). Toutefois, les résultats sont moins consensuels concernant l’impact périnéal. Si plusieurs études décrivent une augmentation des chances d’avoir un périnée intact en accouchant dans l’eau (Barry et al., 2020; Burns et al., 2022), d’autres font état d’un risque accru de déchirures (Preston et al., 2019; Taliento et al., 2022). Enfin, le risque d’infection utérine pourrait être plus élevé (Bovbjerg et al., 2022; Burns et al., 2022), bien que les données soient limitées.
Qu’en est-il des issues néonatales?
La sécurité du nouveau-né est au cœur des débats sur l’accouchement dans l’eau. Notre revue de littérature, portant sur plus de 25 000 femmes à bas risque ayant accouché dans l’eau, n’a pas permis d’identifier de différence significative pour les critères tels que le score d’Apgar, le taux d’infection, la réanimation ou les admissions en néonatalogie (Aughey et al., 2021; Barry et al., 2020; Bovbjerg et al., 2022; Lanier et al., 2021; Ulfsdottir et al., 2018). Toutefois, l’étude la plus puissante de cette revue (Bovbjerg et al., 2022; 35 060 accouchements dont 17 530 dans l’eau) a rapporté un risque accru de rupture du cordon ombilical (0,57 % dans l’eau contre 0,37 % «sur terre»). Cette complication, bien que rare, serait principalement liée à une traction excessive sur le cordon lors de la remontée du nouveau-né à la surface (Schafer, 2014).
Une méta-analyse publiée en 2024 (McKinney et al.), et regroupant 52 études, confirme ce risque accru de rupture du cordon. En revanche, elle souligne également des bienfaits néonataux, tels que de meilleurs scores d’Apgar, traduisant une meilleure adaptation à la vie extra-utérine, ainsi qu’un risque réduit d’infection, de réanimation et d’admission en néonatalogie. Du côté maternel, la méta-analyse rapporte que l’accouchement dans l’eau n’est pas associé à un risque accru d’infection et qu’il pourrait même réduire le risque d’hémorragie du post-partum.
Une méta-analyse publiée en 2024 souligne des bienfaits néonataux tels que de meilleurs scores d’Apgar ainsi qu’un risque réduit d’infection, de réanimation et d’admission en néonatalogie.
Des ajustements de pratique pour renforcer la sécurité
Pour minimiser les risques liés à cette pratique, plusieurs mesures peuvent être mises en œuvre. Tout d’abord, l’accouchement dans l’eau doit être strictement réservé aux femmes présentant une grossesse à bas risque et sans facteurs de risque. De plus, l’abaissement du niveau d’eau à la naissance, la surveillance attentive de l’intégrité du cordon ombilical avant son clampage, ainsi que l’anticipation du matériel d’urgence permettraient de limiter les risques liés à la rupture du cordon. La pratique de la délivrance hors de l’eau pourrait faciliter la quantification des pertes sanguines, permettant ainsi un dépistage précoce des hémorragies du post-partum. Une formation continue des professionnel·le·s de santé est également essentielle pour permettre une mise à jour des connaissances et des pratiques (A titre d’exemple, la dernière Conférence des sages-femmes et infirmier·ère·s chef·fe·s et sages-femmes cliniciennes et spécialisées de novembre 2023 en Suisse romande a accueilli la présentation concrète de cette pratique par Claudia Heer et Margaret Hüsler-Charles, qui ont présenté l’accouchement dans l’eau tel qu’il se pratique à l’hôpital cantonal de Frauenfeld, TG).
Conclusion: un équilibre à trouver entre risques et bénéfices
En 2025, bien que la majorité des études ne mettent pas en évidence de risques majeurs liés à cette pratique, les preuves disponibles ne permettent pas d’affirmer qu’elle est sans danger. Les risques, comme la rupture du cordon, doivent être pris en compte et encadrés par des protocoles adaptés. Cependant, les bénéfices maternels de l’accouchement dans l’eau, notamment en termes de vécu de l’accouchement, plaident en faveur de son élargissement dans les maternités. Dans un contexte où la dépression du post-partum affecte plus de 20 % des mères (Association Dépression Postpartale Suisse, n. d.), offrir des options favorisant une expérience de naissance plus positive pourrait contribuer à améliorer la santé maternelle.
Pour les sages-femmes, il s’agit de promouvoir cette pratique avec discernement, en informant les femmes sur les risques et les bénéfices, tout en tenant compte du contexte de la grossesse et des besoins individuels. Avec des ajustements de pratique et un encadrement rigoureux, l’accouchement dans l’eau pourrait trouver une place élargie dans les salles de naissance, répondant ainsi aux attentes d’une parentalité plus respectueuse et personnalisée.
Bulard-Cartier, C. & Gomes, C. (2024). Impact de l’accouchement dans l’eau sur les issues néonatales. Travail de Bachelor dirigé par Laurent Gaucher. Haute Ecole de Santé Genève.
Ce travail de bachelor a été présenté dans le cadre du concours de posters du Congrès suisse des sages-femmes 2025 et a obtenu le deuxième prix ex-aequo dans la catégorie «Recherche sages-femmes».
Vers le poster primé
Une expérience fascinante
C’est lors d’un stage dans une maternité française que nous avons eu la chance de découvrir et d’accompagner nos premiers accouchements dans l’eau. Cette expérience nous a profondément fascinées, tant par le respect de la physiologie que par la douceur qu’elle offre aux couples. Cependant, nous avons rapidement constaté que ce type d’accouchement n’était pas autorisé dans toutes les maternités de Suisse romande, en particulier dans les centres universitaires. Cette observation a suscité notre réflexion et a orienté le choix du sujet de notre travail de bachelor. Pourquoi, à l’heure actuelle, si peu de maternités permettent-elles les accouchements dans l’eau? Quels sont les risques qui expliqueraient les réticences face à cette pratique? Et surtout, comment pouvons-nous, en tant que sages-femmes, encadrer cette pratique de manière optimale afin de garantir la sécurité maternelle et néonatale? Autant de questions auxquelles nous avons souhaité répondre dans ce travail de fin d’étude, qui nous a finalement amenées à ébaucher un projet de protocole et de brochure d’information – documents que nous souhaiterions développer à l’avenir au niveau professionnel.
Références:
- American College of Obstetricians and Gynecologists (2016) Immersion in water during labor and delivery. Committee Opinion No. 679. 128, e231-6.
- Association Dépression Postpartale Suisse (n. d.) Accueil.
- Aughey, H., Jardine, J., Moitt, N., Fearon, K., Hawdon, J., Pasupathy, D., Urganci, I., NMPA Project Team & Harris, T. (2021) Waterbirth: A national retrospective cohort study of factors associated with its use among women in England. BMC Pregnancy Childbirth; 21(1), 256.
- Barry, P. L., McMahon, L. E., Banks, R. A., Fergus, A. M. & Murphy, D. J. (2020) Prospective cohort study of water immersion for labour and birth compared with standard care in an Irish maternity setting. BMJ Open; 10(12).
- Bovbjerg, M., Cheyney, M. & Caughey, A. (2022) Maternal and neonatal outcomes following waterbirth : A cohort study of 17 530 waterbirths and 17 530 propensity score-matched land births. BJOG: An International Journal of Obstetrics & Gynaecology; 129(6), 950-958.
- Burns, E., Feeley, C., Hall, P. J. & Vanderlaan, J. (2022) Systematic review and meta-analysis to examine intrapartum interventions, and maternal and neonatal outcomes following immersion in water during labour and waterbirth. BMJ Open; 12(7), e056517.
- Clews, C., Church, S. & Ekberg, M. (2020) Women and waterbirth : A systematic meta-synthesis of qualitative studies. Women and Birth: Journal of the Australian College of Midwives, 33(6), 566-573.
- Cluett, E. R. & Burns, E. (2009) Immersion in water in labour and birth. Cochrane Database of Systematic Reviews; 2.
- Cluett, E. R., Burns, E. & Cuthbert, A. (2018) Immersion in water during labour and birth. Cochrane Database of Systematic Reviews; 5.
- Geissbühler, V., Widmer, A. F., Surbek, D. & Zanetti-Dällenbach, R. (2010) Avis d’experts N°27. Accouchement dans l’eau: Prophylaxie anti-infectieuse et contre-indications. Société suisse de gynécologie et d’obstétrique.
- Lanier, A. L., Wiegand, S. L., Fennig, K., Snow, E. K., Maxwell, R. A., & McKenna, D. (2021) Neonatal Outcomes After Delivery in Water. Obstetrics & Gynecology; 138(4), 622-626.
- McKinney, J. A., Vilchez, G., Jowers, A., Atchoo, A., Lin, L., Kaunitz, A. M., Lewis, K. E. & Sanchez-Ramos, L. (2024) Water birth: A systematic review and meta-analysis of maternal and neonatal outcomes. American Journal of Obstetrics and Gynecology; 230(3S), 961-979.
- Preston, H. L., Alfirevic, Z., Fowler, G. E. & Lane, S. (2019) Does water birth affect the risk of obstetric anal sphincter injury? Development of a prognostic model. International Urogynecology Journal; 30(6), 909-915. https://doi.org/10.1007/s00192-019- 03879-z
- Royal College of Midwives (2022) RCM welcomes research showing benefits of water birth.
- Schafer, R. (2014) Umbilical Cord Avulsion in Waterbirth. Journal of Midwifery & Women’s Health; 59(1), 91-94.
- Seed, E., Kearney, L., Weaver, E., Ryan, E. G. & Nugent, R. (2023) A prospective cohort study comparing neonatal outcomes of waterbirth and land birth in an Australian tertiary maternity unit. Australian and New Zealand Journal of Obstetrics and Gynaecology; 63(1), 59-65.
- Taliento, C., Tormen, M., Sabattini, A., Scutiero, G., Cappadona, R. & Greco, P. (2022) Impact of waterbirth on post-partum hemorrhage, genital trauma, retained placenta and shoulder dystocia: A systematic review and meta-analysis. European Journal of Obstetrics, Gynecology, and Reproductive Biology; 276, 26-37.
- Ulfsdottir, H., Saltvedt, S. & Georgsson, S. (2018) Waterbirth in Sweden – a comparative study. Acta Obstetricia et Gynecologica Scandinavica; 97(3), 341-348.